UA-63987420-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Caritas Christi urget nos ! - Page 52

  • "Ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée"

    z640.jpgLa scène est rapportée par St Luc dans les Actes des Apôtres. St Marc dit plus pudiquement que le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Très peu de personnes ont été témoins de la naissance du Christ, encore moins de sa Résurrection. Voilà que les Onze Apôtres sont témoins oculaires de cet évènement presque inédit. Comme Elie devant Elisée, le Seigneur Jésus est enlevé au ciel sous les yeux ébahis de ses compagnons. Ils le voient et le voient disparaître.

    A cet instant, il y a quelque chose à voir, même si c’est un enlèvement, une disparition. Nous sommes assez habitués à cet aspect de la fête de ce jour : Jésus quitte cette condition terrestre pour l’élever au Ciel, à la droite de son Père. Certes, comme le dit la préface de ce jour, il ne s’évade pas, mais entre le premier dans le Royaume. Pourtant, on pourrait dire qu’il avait déjà quitté cette condition terrestre au jour de sa résurrection. Quarante jours plus tôt, en ressuscitant d’entre les morts, il faisait entrer son humanité, notre humanité dans cette condition nouvelle : la gloire. Dans son corps glorieux, il se manifeste. Dans son corps glorieux, il se montre aux apôtres, il mange avec eux. Dans son corps glorieux il est à la fois présente et absent. Ils le voient, l’entendent, et le touchent.

    Aujourd’hui, il le voient et le voient disparaître. Curieux paradoxe, mais qui vient nous authentifier leur condition de témoin. Le témoin d’un évènement acquiert une responsabilité très grande : celle de le rapporter dans une parole qui fait foi, et qui a même une valeur juridique. Eux qui n’avaient rien vu de la résurrection, mais qui avaient vu le ressuscité, voici qu’ils sont les témoins de cette élévation, de cet enlèvement, bref de l’ascension.

    Témoins de l’ascension, il faut vivre à présent de la foi. Les anges les ramène à cette vocation qui fait d’eux des porte parole, plus que des porte-vues. « pouruqoi rester vous là à regarder le ciel ? ». Il ne s’agit plus, dès los, de scruter comme des astrologues de tous les temps, ni même de lire des signes cosmologiques pour supputer du retour du Christ. Il s’agit d’annoncer qu’il est le Seigneur, le Verbe de vie, lui qu’ils ont effectivement vu, entendu, toucher.

    L’Ascension est donc une fête de la foi. A partir d’aujourd’hui, nous vivons hors de la vision, mais peut-être l’aviez vous déjà entrevu. Sans te voir, nous t’aimons, sans te voir, nous croyons, et nous exultons de joie, Seigneur, sûrs que tu nous sauves, nous croyons en toi, chante un refrain composé par le P. Deiss, à partir d’un verset d’une épitre de St Pierre.

    Sans te voir… Dans son incarnation, sa divinité était déjà voilée, derrière ce manteau de l’humanité. Dans ces quarante jours, quelque chose de la divinité, de la gloire de Dieu a transparu, dans ce corps déjà glorifié. Mais à partir de l’Ascension, c’est le mode ordinaire de la foi, l’invisible redevient radicalement invisible. Les multiples traces de sa présence ne font qu’accentuer son absence visible. Les sacrements, la Parole, la charité, les frères et sœurs… Il nous faut chercher, deviner, scruter dans tout ce que la foi des Apôtres nous transmet les signes visibles de sa présence invisible. Dernier témoin du temps pascal, ce cierge va s’éteindre dans quelques jours. Mais la lumière de foi allumée dans nos cœurs par l’Esprit Saint va justement nous permettre de scruter cet invisible, en plonger notre regard plus loin que la réalité, et nous faisant regarder tout à fait différent la réalité au point de la transformer pour faire advenir le Royaume qui vient.

    A partir d’aujourd’hui, si nous sommes confortés dans cette réalité de la disparition du visible, nous ne sommes pas démunis. Il y a quelque chose à entrevoir, et voilà que nous pouvons l’espérer, à défaut d’en profiter dès maintenant. Entrevoir l’invisible du Royaume. Entrevoir ce que l’Esprit nous désigne et nous pousse à faire, la voilà la grande tâche qui s’ouvre.

  • Il est ressuscité. Il est apparu

    Le_Caravage_-_Lincr%C3%A9dulit%C3%A9_de_Saint_Thomas.jpg« Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à ses apôtres ». 3ème étape dans ce temps pascal où le Christ ressuscité irradie de sa présence glorieuse l’Eglise et toute la création.

    Après le long passage de la rencontre avec 2 disciples sur le chemin d’Emmaüs, St Luc les suit dans leur retour à Jérusalem. Le Christ ressuscité apparaît enfin, si j’ose dire, à ses apôtres. Deux verbes dominent ce passage, et finalement les différents récits évangéliques. « Il est ressuscité » et « il est apparu ». Deux verbes, deux réalités, deux piliers de la foi pascale des apôtres et de l’Eglise naissante.

    Il est ressuscité. Comme il n’y a pas de mot grec pour parler de ce phénomène si extraordinaire, les Evangiles utilisent tour à tour deux expressions : Il s’est réveillé, ou il s’est dressé, mis debout. Les mots sont imagées, ils veulent rendre compte de l’inédit de l’évènement. Il ne s’agit d’un retour en arrière, d’une simple réanimation comme a pu la connaître Lazare ou le fils de la veuve de Naïm. Dieu le ressuscite son Fils en le poussant en avant, dans une vie glorieuse qui est libre par rapport au temps et à l’espace. Il est ressuscité, c’est une condition nouvelle, mais c’est d’abord un fait brut, massif, incompréhensible aux oreilles et aux esprits humains. Remarquez bien, qu’on ne dit pas qu’il ressuscite, parce que personne n’est témoin de l’évènement, pas plus que de l’Incarnation.

    Il est apparu. Si personne n’est témoin de l’évènement, plusieurs sont témoins du ressuscité. On le voit, il se fait rencontrer, toucher. Il vient, il part, il disparaît, il est là, il mange avec eux. Il parle. Ce n’est ni un fantôme, ni un esprit. C’est le Seigneur ressuscité qui apparaît, qui se donne à voir. La réalité est également tout aussi brute, et les évangiles ne sont guère flatteurs pour les apôtres. On ne masque pas leur étonnement, leur incrédulité, leur lenteur à croire le témoignage des femmes.

    « Le Seigneur est vraiment ressuscité, il est apparu à Simon ». Par ces deux verbes, il s’agit d’abord d’une réalité historique. Un évènement dont les bénéficiaires auront à être témoins quitte à perdre la face en dévoilant leur propre lenteur à croire dans la réalité historique. Mais l’évènement est là, massif. Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, selon la salutation pascale des Eglises d’Orient. Pierre, comme Paul, n’auront de cesse à fonder leur catéchèse, leur proclamation du Christ sur la dimension historique : Lui qui a vraiment souffert, qui est vraiment mort, il est vraiment ressuscité, il reviendra vraiment, dans la gloire.

    Il faut nous habituer à ce que la foi chrétienne ne soit pas fondée sur un mythe, un beau récit des origines, ni même sur un beau catalogue symbolique. Elle est fondée sur une réalité historique. Dans le symbole de Nicée-Constantinople que nous allons proclamer dans un instant, une toute petite assertion va nous rappeler cet ancrage historique de notre salut : crucifié sous Ponce Pilate. Voici que cet obscur procureur romain du Ier siècle a une notoriété qu’il n’aurait pas soupçonné. Cette assertion nous rappelle chaque dimanche cet ancrage historique.

    Pour être précis, il me faut ajouter un aspect. La résurrection du Christ se présente à nous avec ce double visage : réalité historique, mais également réalité de foi. Certes, notre foi serait vaine sans fondement historique, mais il faut passer de l’histoire à la foi. Nous n’avons pas à faire la preuve, ni la démonstration de la résurrection. Nous n’avons pas à courir pas à Jérusalem pour y voir les restes du tombeau vide. Encore moins d’attendre pas l’apparition du Christ ressuscité.

    C’est que le témoignage de foi des apôtres fonde et permet notre propre foi. Saint Augustin va même jusqu’à affirmer : « Tout le monde croit que le Christ est mort, même les païens. Seuls les chrétiens croient qu’il est ressuscité ; celui qui ne le croit pas n’est pas chrétien. ». La résurrection atteste donc en retour la vérité de tout ce qu’a fait et dit le Christ dans son existence terrestre. Pour les apôtres, s’ouvre un nouveau chemin après Pâques, celui de l’attestation par le Père de la vérité de tout ce qu’a dit et fait le Fils. Voilà le chemin qui s’ouvre pour nous : l’histoire devient objet de foi, au point qu’elle se fait actuelle à chaque instant de nos existences présentes. Oui, vraiment, le Seigneur est ressuscité, et même ici et maintenant, dans l’Eglise et dans les sacrements il m’apparaît dans la foi.

  • Lead kindly light

    Lead, kindly Light, amid th’encircling gloom, lead Thou me on!
    The night is dark, and I am far from home; lead Thou me on!
    Keep Thou my feet; I do not ask to see
    The distant scene; one step enough for me.
    I was not ever thus, nor prayed that Thou shouldst lead me on;
    I loved to choose and see my path; but now lead Thou me on!
    I loved the garish day, and, spite of fears,
    Pride ruled my will. Remember not past years!
    So long Thy power hath blest me, sure it still will lead me on.
    O’er moor and fen, o’er crag and torrent, till the night is gone,
    And with the morn those angel faces smile, which I
    Have loved long since, and lost awhile!

    John Henry Newman, juillet 1833, On sea

    Conduis-moi, douce lumière, parmi l'obscurité qui m'environne, conduis-moi !
    La nuit est sombre, et je suis loin du foyer, conduis-moi !
    Garde mes pas ; je ne demande pas à voir
    Les scènes éloignées : un seul pas est assez pour moi
    Je n'ai pas toujours été ainsi : je n'ai pas toujours prié que tu me conduises ;
    J'aimais choisir et voir mon chemin, mais maintenant conduis-moi.
    J'aimais le jour éclatant, et, malgré mes craintes,
    L'orgueil dominait mon vouloir : ne te souviens pas des années passées.
    Aussi longtemps que Ta puissance m'a béni, aussi longtemps elle me conduira encore,
    À travers landes et marécages, rochers et torrents, jusqu'à ce que la nuit s'achève
    Et qu'avec ce matin sourient ces visages angéliques
    Que j'ai longtemps aimés et perdus pour une heure.
  • Deux gestes de Jésus

    .Cene_champaigne_m.jpg« Faites cela en mémoire de moi ».Ce soir, nous réitérons 2 gestes de Jésus : le partage du pain et du vin, le lavement des pieds. Nous les réitérons parce qu’il l’a demandé, parce qu’il a confiés à ses apôtres qui les ont transmis, de sorte que ils ont été fidèlement accomplis jusqu’à ce jour.

    Deux gestes simples : du pain et du vin, de l’eau dans une bassine. Deux gestes pauvres qui ne nécessitent pas des biens rares ou précieux qui seraient réservés à quelques uns. Deux gestes domestiques qui ne demandent pas à se déplacer dans un sanctuaire, dans un temple. Deux gestes quotidiens dans la culture contemporaine au Christ.

    Le pain et le vin, ce sont les aliments de base du monde méditerranéen où le blé et la vigne poussent si facilement, et où le travail humain sait en tirer le meilleur, le pain de la subsistance et la vin de la fête. Le pain qui nourrit et la vin qui réjouit. Mais ce pain et ce vin, ce sont ceux du repas pascal : pain de misère qui n’a pas levé à cause de la sortie rapide d’Egypte ; vin de libération qui accomplit les promesses de Dieu. Pain de la sortie de l’esclavage. Vin de l’entrée dans le salut. Pain et vin de l’alliance que Dieu vient puissamment renouveler. Le Christ reçoit ce pain et ce vin pour en faire, ce soir même, le sacrement, le mémorial de l’alliance en sa personne. Il devient ce pain de sortie du péché, ce vin de l’entrée dans la communion avec le Père.

    Autre geste : le lavement des pieds. Dans une civilisation où l’on marche, le geste d’hospitalité n’est pas seulement de proposer à l’hôte de se laver les mains, mais de lui permettre de se laver les pieds. Pour honorer son invité, on le fait soi-même, ou plutôt on le fait faire par un esclave, et même par un esclave non-juif. Jésus reçoit ce geste de sa culture. Mais il le reçoit également d’une femme qui l’avait fait à Béthanie, au yeux de tous pendant un repas. Comble de l’indignation des témoins, elle a lavé les pieds de Jésus avec un parfum de grand prix, de ses propres cheveux. Ce geste annonçait ce qui ce vit dans la passion : son sacrifice, sa mort, sa mise au tombeau. Il est l’esclave qui lave les pieds de ses apôtres et se livre pour tous.

    Ce soir, comme des pauvres, nous recevons ces deux gestes. Certes, on aurait pu en imaginer d’autres, plus parlants, plus actuels. Le pain et vin ne sont pas les symboles les plus universels ; le lavement des pieds de quelques hommes pourrait être considéré comme réducteur, mais l’Eglise les garde pour marquer l’enracinement concret, l’incarnation de ce que le Christ institue. En ce sens, l’Eglise obéit aux deux consignes données aux apôtres au cœur de ce repas pascal, avant le drame de la Passion volontaire. Deux consignes simples, mais exigeantes : « vous ferez cela en mémoire de moi », et « c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

    La portée de ces 2 gestes est immense : ils sont instituants, fondateurs de la vie même de l’Eglise qui reçoit de son Maître et Seigneur ce qu’elle est : le sacrement du salut pour tout homme. Par le geste du pain et du vin consacré, c’est le sacrement de l’Eucharistie qui est tout à la fois repas du Seigneur, sacrifice du Christ et lieu de constitution de l’Eglise. C’est le signe et le moyen efficace que nous recevons pour devenir ce que nous sommes : le Corps du Christ. Comme au Séder pascal, celui que célébreront nos frères juifs samedi soir, advient jusqu’à nous la fécondité de l’évènement que célèbrent ce pain rompu et ce vin partagé. C’est le sens du mémorial, qui n’est pas la commémoration d’un évènement lointain. Non, c’est justement l’actualisation, l’avènement de l’évènement.

    Et de même, pour le geste du lavement des pieds qui est reçu comme le sacrement de la charité pastorale du Christ. En ce soir où il institue le sacrement de l’Ordre, il rappelle à ceux qu’il a choisis pour être au service de la grande Eglise, quelle est la règle de leur service : l’amour fraternel, et plus que tout le don total de soi, la configuration au Maître venu non pour être servi, mais pour servir.

    Les uns et les autres, ce soir, nous voici comme des pauvres qui accueillons ces 2 gestes de Jésus et qui allons recevoir tout de Lui : Sa vie offerte dans ce pain et ce vin ; Sa charité au service de notre existence.

    Sois béni, Seigneur Jésus, Ce soir, nous avons l’assurance que Tu es avec nous jusqu’à la fin des temps. Nous recevons te Toi une vie que nous ne pouvions pas nous donner à nous-mêmes. Et nous recevons ta présence nourrissante et aimante de ceux que nous ne pouvions nous donner à nous-mêmes. Viens encore susciter de nouveaux ministres pour que ta vie et ta charité continue à nous nourrir et à nous servir.