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Caritas Christi urget nos ! - Page 49

  • Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas

    05beaun.jpgDans ces derniers dimanches de l’année liturgiques, nous touchons le terme de ce que la liturgie veut nous faire entrevoir du mystère du Christ. Dimanche prochain, la fête du Christ-Roi clôturera notre année liturgique, en nous faisant méditer la figure royale du Christ dans sa Passion, dans le mystère de l’accomplissement de la volonté du Père.

    Aujourd’hui, nous voici devant cet enseignement du Christ lui-même, à propos de sa venue. C’est la conclusion qui retient mon attention en ce dimanche ; elle sonne comme une promesse : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas »

    Le Christ annonce donc une fin, la fin du ciel et de la terre, la fin d’une création dont le moment initial a été voulu par Dieu. « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Souvenez-vous du récit de la création, quand au terme des 6 jours de l’œuvre créatrice Dieu contemple sa création et se repose de toute l’œuvre entreprise. Cette création est devenue comme un écrin : écrin de la vocation de l’homme, écrin de l’incarnation du Verbe, écrin du salut réalisé par le Fils. Cette création, ce ciel et cette terre, doivent passer. De même que le commencement appartient à Dieu, il faut entendre qu’il y a une fin et qu’elle appartient également à Dieu : « Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père »

    Mais qu’est-ce que cette fin ? Nul ne le sait. Ne croyons pas trop rapidement en avoir une description dans l’Evangile de ce jour : « Après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées ». L’Ecriture elle-même parle en des termes qui sont et qui restent dans l’univers de celui qui écrit ou du destinataire premier de ces lignes. Ils sont nombreux sont qui ont annoncé la fin du monde, parce qu’ils interprétaient ainsi des évènements catastrophiques advenus ou à venir. C’était vrai au moment de la chute du Temple en 70, c’était vrai lors de la grande peste du XIVème siècle, c’était encore vrai au moment de l’an 2000 et de son grand bug annoncé, ou de l’éclipse du soleil en 2001. Que n’a-t-on pas entendu ! Et que dire du 21 décembre 2012 ?

    Notre curiosité, ou plutôt notre inquiétude, la nôtre et celle de nos contemporains est grande à ce sujet. Elle est quelquefois insatiable, et même tellement fébrile qu’elle devient irrationnelle. Le succès et la séduction des sectes, des gnoses, des comportements extrêmes de tout genre n’est pas loin.

    Le service que nous pourrions nous rendre, et le rendre à nos contemporains serait de convertir notre rapport à la fin des temps, à l’eschatologie comme on dit. Trois points peuvent nous y aider.

    Dieu qui est la cause première de tout, n’est pas la cause unique de tout. En particulier, il n’est pas la cause de toutes les catastrophes qui arrivent dans l’humanité, dont en plus les medias se délectent, attisant par là le sentiment que nous sommes à la fin du monde chaque soir à 20h. L’imprévisibilité des éléments, la folie et le péché des hommes ne sont pas sans lien avec nombre de catastrophes, parce que Dieu n’empêche pas sa création d’exister dans son dynamisme, il n’empêche pas l’homme au milieu d’elle d’être libre. Arrêtons de pleurer comme des enfants en pensant que Dieu est perpétuellement en colère et qu’il nous punit par mille et une catastrophe. Sinon nous en serions à prier Toutatis pour que le ciel ne nous tombe pas sur la terre !

    « Le ciel et la terre passeront ». La réalité de cette affirmation doit nous habiter. Elle doit habiter notre prière, notre existence. Le quand et le comment ne nous appartiennent pas. Ce peut être ce soir ou dans 100 ans. Peu importe. La réalité de la remise de ce monde à Dieu est une certitude dans la foi. Et donc l’enjeu de la remise de moi à Dieu est entière. Je passerai à Dieu. Voilà la Pâque à venir pour chacun de nous et pour toute la création. Il s’agira donc désormais de vivre avec cette garde du cœur, cet appel profond à passer de ce monde au Père.

    « Mes paroles ne passeront pas ». Quand bien même l’écrin qu’est la création passe, le Verbe, la Parole du Dieu vivant, la personne même du Christ elle ne passe pas. Elle demeure la même hier, aujourd’hui et dans l’éternité. Le visage lumineux et miséricordieux de Dieu ne saurait pas. Voilà une autre certitude de foi. Voilà une certitude qui doit nous habiter également. Si nous passons comme cette création, nous passons en lui. Notre Pâque à venir sera un passage à ce qui ne passe pas. L’Eucharistie que nous allons recevoir en est comme les arrhes, comme une avance. Recevons-la avec confiance. Tout passe. Lui et nous avec lui, ne passeront pas.

  • La maxime de Hevenesi (1656-1715)

    Telle est la première règle de ceux qui agissent :

    crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu.

    Cependant mets tout en oeuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout de Dieu seul.

    Commentaire ici

  • Nous fêtons aujourd'hui la cité du ciel

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    Préface de la Toussaint

    Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
    de t'offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu,
    Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant.

    Car nous fêtons aujourd'hui la cité du ciel,
    notre mère, la Jérusalem d'en haut ;
    c'est là que nos frères les saints, déjà rassemblés,
    chantent sans fin ta louange.

    Et nous qui marchons vers elle par le chemin de la foi,
    nous hâtons le pas,
    joyeux de savoir dans la lumière ces enfants de notre Eglise
    que tu nous donnes en exemple.

    C'est pourquoi, avec cette foule immense que nul ne peut dénombrer,
    avec tous les anges du ciel, nous voulons te bénir en chantant

  • Jésus, Fils de David, aie pitié de moi !

    P1090955x.jpgNous connaissons bien ce passage de l’Evangile (Mc 10, 46-52). La montée de Jésus à Jérusalem passe par la ville de Jéricho. Après la dernière annonce de la Passion, dans le climat passionné qui précède son entrée triomphale à Jérusalem, le voici sortant de Jéricho, et prenant résolument la route de la Passion, la route du dépouillement, la route du salut, qui n’a rien de la gloire humaine, et encore moins d’un long fleuve tranquille. C’est le moment où ce qu’il vient apporter se dévoile, le moment où le salut vient en pleine lumière.

    Et voici cet aveugle, suffisamment bien repéré, puisque même son nom a été gardé jusqu’à aujourd’hui. Bartimée, lui qui croupissait au bord de la route à mendier ; lui on écarte, qu’on ne voit plus ; lui qui ne voit plus. Et la rencontre est fulgurante pour cet homme. Jésus qui passe, pressé d’en découdre, pressé que son heure advienne, voici qu’il est rencontré par cet homme qui ne lui demande tout et rien. Rien de précis, mais tout : aide pitié de moi. Et il le demande, non pas au fils de Joseph, non pas au Nazaréen dont on connaît l’oeuvre de thaumaturge. Non, il le demande au fils de Dieu, le Messie Roi, celui qui vient instaurer un règne de justice et de paix. Celui là même que les foules vont acclamer à l’arrivée à Jérusalem.

    Restons quelques instants avec ce sympathique Bartimée. Encore en cet instant, son apostrophe peut nous aider.

    D’abord, il reconnaît son indigence et sa fragilité. A la question du Christ : Que veux-tu que je fasse pour toi, la réponse fuse, évidente pour les témoins de la scène : Que je voie ! Réponse égoïste dirons certains. Et alors. Il est aveugle. Il présente au Seigneur, le Maître de la vie, son manque, sa souffrance. Il veut vivre ! Il veut voir ! Que présentons-nous d’autre dans notre prière, sinon ces manques, ces souffrances, nos désirs de vivre

    Ensuite, il confesse que seul son interlocuteur pourra le sauver. Il l’a fait pour tant d’autres, ne le fera-t-il pas pour lui ? Et quand bien même, si Jésus est le Fils de David, le Messie attendu par les prophètes, alors il réalisera ce que Dieu a promis : les aveugles verront la lumière, les sourds entendront, les boiteux marcheront, bref, tout homme verra le salut de Dieu. Le salut et non pas la santé. La foi qui ouvre le chemin de la communion avec Dieu et de la divinisation, et pas le chômage des médecins.

    C’est que le miracle suppose la foi et la suscite. Il suppose la foi de celui qui demande la guérison. Il suscite la foi de ceux qui en sont témoins. Bartimée ne va-t-il pas suivre le Christ, dans sa montée à Jérusalem, dans Passion, et pourquoi pas plus vu l’affinité ?

    Au début de ce miracle si déroutant, où la lumière se fait pour cet homme,  où il devient un homme debout, où le mendiant se fait disciple, il y a cette phrase, cette prière instante qui est une confession de foi. « Fils de Dieu, aie pitié de moi ! » Il y a l’audace d’un priant qui crie vers son Seigneur.

    Vous savez peut-être que cette prière a largement inspiré son développement dans la tradition de nos frères d’Orient. « Seigneur Jésus Christ, fils du Dieu vivant, prends pitié de moi pécheur ! », ce qu’on appelle la prière du cœur. Elle tient lieu de chapelet pour tous les pèlerins des routes d’Orient. Elle est le bréviaire de ceux qui travaillent dans les champs ou dans les bibliothèques. Elle est le souffle des malades et des mourants. Elle est l’âme de tous ceux, jeunes et vieux, hommes et femmes, qui quémandent de Dieu, et de Dieu seul, le salut et la paix qu’Il veut donner à ceux qui le suivent et se confient en Lui.

    « Seigneur Jésus Christ, fils du Dieu vivant, prends pitié de moi pécheur ! ». C’est la prière du cœur, qui vient reconnaître ce besoin existentiel d’être sauvés. Mais nous avons besoin d’être sauvés, n’est-ce pas ? C’est la prière qui vient consentir à ce que Dieu seul nous sauvera. Mais nous ne cultivons plus l’illusion que nous nous donnerons le bonheur à nous-mêmes, n’est-ce pas ? C’est la prière qui reconnaît en Jésus plus qu’un prophète, plus qu’un thaumaturge, plus que Jonas, plus que Salomon, mais le Christ le Fils du Dieu vivant. C’est bien de lui dont nous parlons, n’est-ce pas ?

    Ce même Fils de David, Fils du Dieu vivant continue de passer dans les profondeurs de notre petite Jéricho, cette ville située bien au dessous du niveau de la mer. Il passe en nous, pour monter à Jérusalem et nous mener à sa suite. Ce cri de Bartimée, cette prière du cœur est plus qu’une invitation pieuse. Elle est notre bouée, notre respiration. A une et une seule condition, celle de crier vers Lui.

  • L'amitié

     

    Resized.php?File=AL25_SELW2.jpg&h=200&q=80"C'est sans doute pourquoi, mon ami, j'ai un tel besoin de ton amitié. J'ai soif d'un compagnon qui, au dessus des litiges de la raison, respecte en moi le pèlerin de ce feu là... Je puis entrer chez toi sans m'habiller d'un uniforme, sans me soumettre à la récitation d'un coran, sans renoncer à quoi que ce soit de ma patrie intérieure. Auprès de toi j' n'ai pas à me disculper, je n'ai pas à plaider, je n'ai pas à prouver... Au dessus de mes mots maladroits, au dessus des raisonnements qui peuvent tromper, tu considères en moi simplement l'homme... Moi qui éprouve, comme chacun, le besoin d'être reconnu, je me sens pur en toi et vais à toi. J'ai besoin d'aller là où je suis pur... Mon ami, j'ai besoin de toi comme d'un sommet où l'on respire."

    Trouvée dans un livre d'Anselme Grün sur l'amitié, il y a cette citation d'Antoine de St Exupéry, dans une lettre à son ami Léon Werth à qui il a dédicacé le Petit Prince.