17 mai 2012

"Ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée"

z640.jpgLa scène est rapportée par St Luc dans les Actes des Apôtres. St Marc dit plus pudiquement que le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu. Très peu de personnes ont été témoins de la naissance du Christ, encore moins de sa Résurrection. Voilà que les Onze Apôtres sont témoins oculaires de cet évènement presque inédit. Comme Elie devant Elisée, le Seigneur Jésus est enlevé au ciel sous les yeux ébahis de ses compagnons. Ils le voient et le voient disparaître.

A cet instant, il y a quelque chose à voir, même si c’est un enlèvement, une disparition. Nous sommes assez habitués à cet aspect de la fête de ce jour : Jésus quitte cette condition terrestre pour l’élever au Ciel, à la droite de son Père. Certes, comme le dit la préface de ce jour, il ne s’évade pas, mais entre le premier dans le Royaume. Pourtant, on pourrait dire qu’il avait déjà quitté cette condition terrestre au jour de sa résurrection. Quarante jours plus tôt, en ressuscitant d’entre les morts, il faisait entrer son humanité, notre humanité dans cette condition nouvelle : la gloire. Dans son corps glorieux, il se manifeste. Dans son corps glorieux, il se montre aux apôtres, il mange avec eux. Dans son corps glorieux il est à la fois présente et absent. Ils le voient, l’entendent, et le touchent.

Aujourd’hui, il le voient et le voient disparaître. Curieux paradoxe, mais qui vient nous authentifier leur condition de témoin. Le témoin d’un évènement acquiert une responsabilité très grande : celle de le rapporter dans une parole qui fait foi, et qui a même une valeur juridique. Eux qui n’avaient rien vu de la résurrection, mais qui avaient vu le ressuscité, voici qu’ils sont les témoins de cette élévation, de cet enlèvement, bref de l’ascension.

Témoins de l’ascension, il faut vivre à présent de la foi. Les anges les ramène à cette vocation qui fait d’eux des porte parole, plus que des porte-vues. « pouruqoi rester vous là à regarder le ciel ? ». Il ne s’agit plus, dès los, de scruter comme des astrologues de tous les temps, ni même de lire des signes cosmologiques pour supputer du retour du Christ. Il s’agit d’annoncer qu’il est le Seigneur, le Verbe de vie, lui qu’ils ont effectivement vu, entendu, toucher.

L’Ascension est donc une fête de la foi. A partir d’aujourd’hui, nous vivons hors de la vision, mais peut-être l’aviez vous déjà entrevu. Sans te voir, nous t’aimons, sans te voir, nous croyons, et nous exultons de joie, Seigneur, sûrs que tu nous sauves, nous croyons en toi, chante un refrain composé par le P. Deiss, à partir d’un verset d’une épitre de St Pierre.

Sans te voir… Dans son incarnation, sa divinité était déjà voilée, derrière ce manteau de l’humanité. Dans ces quarante jours, quelque chose de la divinité, de la gloire de Dieu a transparu, dans ce corps déjà glorifié. Mais à partir de l’Ascension, c’est le mode ordinaire de la foi, l’invisible redevient radicalement invisible. Les multiples traces de sa présence ne font qu’accentuer son absence visible. Les sacrements, la Parole, la charité, les frères et sœurs… Il nous faut chercher, deviner, scruter dans tout ce que la foi des Apôtres nous transmet les signes visibles de sa présence invisible. Dernier témoin du temps pascal, ce cierge va s’éteindre dans quelques jours. Mais la lumière de foi allumée dans nos cœurs par l’Esprit Saint va justement nous permettre de scruter cet invisible, en plonger notre regard plus loin que la réalité, et nous faisant regarder tout à fait différent la réalité au point de la transformer pour faire advenir le Royaume qui vient.

A partir d’aujourd’hui, si nous sommes confortés dans cette réalité de la disparition du visible, nous ne sommes pas démunis. Il y a quelque chose à entrevoir, et voilà que nous pouvons l’espérer, à défaut d’en profiter dès maintenant. Entrevoir l’invisible du Royaume. Entrevoir ce que l’Esprit nous désigne et nous pousse à faire, la voilà la grande tâche qui s’ouvre.

22 avril 2012

Il est ressuscité. Il est apparu

Le_Caravage_-_Lincr%C3%A9dulit%C3%A9_de_Saint_Thomas.jpg« Le Seigneur est ressuscité et il est apparu à ses apôtres ». 3ème étape dans ce temps pascal où le Christ ressuscité irradie de sa présence glorieuse l’Eglise et toute la création.

Après le long passage de la rencontre avec 2 disciples sur le chemin d’Emmaüs, St Luc les suit dans leur retour à Jérusalem. Le Christ ressuscité apparaît enfin, si j’ose dire, à ses apôtres. Deux verbes dominent ce passage, et finalement les différents récits évangéliques. « Il est ressuscité » et « il est apparu ». Deux verbes, deux réalités, deux piliers de la foi pascale des apôtres et de l’Eglise naissante.

Il est ressuscité. Comme il n’y a pas de mot grec pour parler de ce phénomène si extraordinaire, les Evangiles utilisent tour à tour deux expressions : Il s’est réveillé, ou il s’est dressé, mis debout. Les mots sont imagées, ils veulent rendre compte de l’inédit de l’évènement. Il ne s’agit d’un retour en arrière, d’une simple réanimation comme a pu la connaître Lazare ou le fils de la veuve de Naïm. Dieu le ressuscite son Fils en le poussant en avant, dans une vie glorieuse qui est libre par rapport au temps et à l’espace. Il est ressuscité, c’est une condition nouvelle, mais c’est d’abord un fait brut, massif, incompréhensible aux oreilles et aux esprits humains. Remarquez bien, qu’on ne dit pas qu’il ressuscite, parce que personne n’est témoin de l’évènement, pas plus que de l’Incarnation.

Il est apparu. Si personne n’est témoin de l’évènement, plusieurs sont témoins du ressuscité. On le voit, il se fait rencontrer, toucher. Il vient, il part, il disparaît, il est là, il mange avec eux. Il parle. Ce n’est ni un fantôme, ni un esprit. C’est le Seigneur ressuscité qui apparaît, qui se donne à voir. La réalité est également tout aussi brute, et les évangiles ne sont guère flatteurs pour les apôtres. On ne masque pas leur étonnement, leur incrédulité, leur lenteur à croire le témoignage des femmes.

« Le Seigneur est vraiment ressuscité, il est apparu à Simon ». Par ces deux verbes, il s’agit d’abord d’une réalité historique. Un évènement dont les bénéficiaires auront à être témoins quitte à perdre la face en dévoilant leur propre lenteur à croire dans la réalité historique. Mais l’évènement est là, massif. Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, selon la salutation pascale des Eglises d’Orient. Pierre, comme Paul, n’auront de cesse à fonder leur catéchèse, leur proclamation du Christ sur la dimension historique : Lui qui a vraiment souffert, qui est vraiment mort, il est vraiment ressuscité, il reviendra vraiment, dans la gloire.

Il faut nous habituer à ce que la foi chrétienne ne soit pas fondée sur un mythe, un beau récit des origines, ni même sur un beau catalogue symbolique. Elle est fondée sur une réalité historique. Dans le symbole de Nicée-Constantinople que nous allons proclamer dans un instant, une toute petite assertion va nous rappeler cet ancrage historique de notre salut : crucifié sous Ponce Pilate. Voici que cet obscur procureur romain du Ier siècle a une notoriété qu’il n’aurait pas soupçonné. Cette assertion nous rappelle chaque dimanche cet ancrage historique.

Pour être précis, il me faut ajouter un aspect. La résurrection du Christ se présente à nous avec ce double visage : réalité historique, mais également réalité de foi. Certes, notre foi serait vaine sans fondement historique, mais il faut passer de l’histoire à la foi. Nous n’avons pas à faire la preuve, ni la démonstration de la résurrection. Nous n’avons pas à courir pas à Jérusalem pour y voir les restes du tombeau vide. Encore moins d’attendre pas l’apparition du Christ ressuscité.

C’est que le témoignage de foi des apôtres fonde et permet notre propre foi. Saint Augustin va même jusqu’à affirmer : « Tout le monde croit que le Christ est mort, même les païens. Seuls les chrétiens croient qu’il est ressuscité ; celui qui ne le croit pas n’est pas chrétien. ». La résurrection atteste donc en retour la vérité de tout ce qu’a fait et dit le Christ dans son existence terrestre. Pour les apôtres, s’ouvre un nouveau chemin après Pâques, celui de l’attestation par le Père de la vérité de tout ce qu’a dit et fait le Fils. Voilà le chemin qui s’ouvre pour nous : l’histoire devient objet de foi, au point qu’elle se fait actuelle à chaque instant de nos existences présentes. Oui, vraiment, le Seigneur est ressuscité, et même ici et maintenant, dans l’Eglise et dans les sacrements il m’apparaît dans la foi.

21 avril 2012

Génération Y : Kézako ? (1)


La génération Y, décryptée par Adesias!