25 novembre 2009

Christ-Roi

rublev_christ_tretyakov.jpgC'est le dernier dimanche de l'année liturgique. Les lectures de cette fête du Christ Roi de l'univers nous donne comme un portrait du Roi : il est le Fils de l'Homme vu prophétiquement par Daniel. Il est l'Alpha et l'Omega, celui qui est, qui était et qui vient, dans la révélation faite à Jean. Il est le Roi qui se dévoile à Pilate. Le Christ se donne à voir en cette clôture de l'année. Alors que nous sommes habitués aux commencements, ou au cheminement, aujourd'hui a la saveur où un accomplissement est à voir et à contempler.

Cette contemplation ne va pas de soi, parce que les lectures semblent nous faire obstacle, notamment par les contrastes qu'elles dessinent.

Le premier contraste est celui auquel nous ne nous habituons pas si facilement. D'un côté Daniel nous présente le Fils de l'Homme, resplendissant dans les nuées du ciel, à qui est donné domination, gloire et royauté. De l'autre, le dialogue entre Jésus et Pilate qui présente le Christ dans sa Passion, avec les questions dérisoires et décalées d'un Pilate pressé d'en finir avec ce mauvais procès intenté par les Juifs. Drôle de Roi qui sera mis en croix dans quelques heures. Et pourtant, Jésus ne répond pas à la question « tu es roi des Juifs ? », mais à la seconde, « alors tu es roi ? ». Il montre par là que sa royauté est toute autre.

Le deuxième contraste est précisément sur les termes de cette royauté. Royauté sociale ou royauté eschatologique ? Royauté dans l'ordre temporel ou royauté dans l'ordre céleste ? La question mérite d'être posée. En 1925, le Pape Pie XI a instauré cette fête le dernier dimanche d'octobre, parce que selon lui, « Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables - une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix -- se répandraient infailliblement sur la société tout entière » (encyclique Quas primas, n° 14). L'importance pastorale et l'intention de l'Action Catholique furent de sortir la foi de la sphère privée pour lui donner une existence sociale, dans les cités, dans le monde du travail, dans la politique, dans la vie sociale au sens large. Au long du XXème siècle, les projets n'ont pas manqué, de quelque couleur qu'ils aient été. Pourtant, la réforme liturgique de 1969 a déplacé cette fête au dernier dimanche de l'année liturgique, comme un sommet eschatologique. Quelle cette royauté : celle du Royaume de Dieu déjà là, à travers notre œuvres de justice, d'amour et de pax, ou celle à venir que le Christ instaurera à la fin de l'histoire humaine,  comme nous le voyons sur les tympans de Vézelay ou d'Autun.

Le troisième contraste est lié à la figure même du Roi. Il y a dans l'année A un texte du premier livre de Samuel où le prophète fait un piètre tableau de la figure royale que les Hébreux demandent pour eux. La Bile rejoint notre culture contemporaine, ou française, qui se méfie de la manière dont les rois, ou les gouvernants au sens large, usent et font sentir leur pouvoir. De l'autre côté, il y a ce titre que le Christ jésus prend à son compte : « je suis roi », non pas roi des Juifs, non pas concurrent politique de César, ni chef d'une armée, mais roi, « venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ».

Finalement cette fête de la fin parle plus du Roi que du Royaume. Le Temps ordinaire que nous congédions ce jour nous aura fait œuvrer, peiner certaines fois, en vue de la croissance d'un Royaume de justice, d'amour et de paix (comme le chantera la préface dans un instant). Temps de la moisson et de la lente maturation, manifestée par le vert des ornements, en attendant le blanc chaud et lumineux de la moisson finale.

Ces temps sont les derniers. Nous voici comme au terme de l'histoire, nous qui sommes si souvent habitués aux commencement, avec leur saveur et leur promesse. Non, nous voici au temps de l'achèvement, où il s'agit de remettre l'œuvre de nos mains au soir d'une année en la regardant telle qu'elle fut et sans pouvoir la changer. Au terme d'une année, comme au terme d'une histoire humaine, il s'agit de tout remettre à Celui par qui, avec qui et en qui nous oeuvrons.

Sa présence ne vient pas que du lointain passé de Galilée ou de Jérusalem. Sa présence vient de la fin, des temps à venir qui justement viennent à nous aujourd'hui, et encore plus en cet instant où l'Eucharistie, sacrement qui vient également de la fin vient à nous. Ce pain, ce vin, ce sont les prémices du festin des Noces de l'Agneau, du banquet du Roi de l'Univers. Voilà qui est à recevoir et à contempler.

05 novembre 2009

Toussaint

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« Qui peut gravir la montagne du Seigneur ? » demandet le psaume 23, chanté à la messe du jour de la Toussaint.

Chers amis, je nous invite à entrer dans la fête de ce jour avec l'image de cette montagne du Seigneur, où les saints nous entraînent. Montagne qu'il nous est proposé de gravir. Montagne où le Seigneur nous y enseigne. Allons donc : gravissons en ce jour les pentes douces et fleuries du mont des Béatitudes pour y goûter la présence du Seigneur. Mettons-nous assis dans ce cadre enchanteur et si représentatif de la douceur évangélique, écoutant le Maître pour y recevoir la Loi nouvelle qu'Il veut nous donner : la sainteté de Dieu nous est ouverte ; elle nous est proposée non seulement comme un itinéraire de sanctification, mais également comme la patrie dans laquelle il nous attend.

Hâtons le pas, comme dira la préface de cette fête et montons la montagne du Seigneur en empruntant l'un de ses huit sentiers, l'une de ses huit béatitudes. Elles sont le chemin le plus sûr pour être ainsi associés à la gloire du Seigneur, pour contempler son visage et être semblable à Lui, comme le dit l'apôtre Jean dans la seconde lecture. En plus, elles ont été empruntées avant nous par les saints connus ou inconnus qui nous précèdent et nous accompagnent dans cette sainte randonnée.

Avec François d'Assise, qui a épousé Dame pauvreté, compagnon pauvre du Christ pauvre, avec tous les saints remplis du désir seul d'appartenir au Christ comme Benoit-Joseph Labre ou Thérèse de Lisieux empruntons la voie royale de la pauvreté du cœur. Elle nous donnera sûrement la possession du Royaume des Cieux. Mais n'est-ce pas la vocation même de la sainteté ?

Avec Bernard ou avec François de Sales, un colérique adouci et devenu apôtre de la douceur de Dieu, empruntons cette voie simple et discrète. Elle nous obtiendra la terre promise, la montagne du Seigneur.

Avec Marie-Madeleine, Catherine de Sienne, blessées d'amour au point de pleurer parce l'amour n'est pas aimé, empruntant le sentier ardu de la sollicitude et  de l'affliction, de cette tendresse qui nous fera recevoir la consolation de Dieu.

Avec Vincent de Paul, Frédéric Ozanam ou Mère Téresa, apôtres de la justice de Dieu, apôtres d'une charité dont le Christ a soif, soyons affamé et assoiffé de ce chemin exigeant et éreintant de la justice. Dieu lui-même se donnera à nous en nourriture.

Avec Marie, la demeure même de Dieu, avec Philippe Néri, tabernacle de l'Esprit-Saint, avec tous ceux connus de Dieu seul dont le cœur est devenu la demeure du Très-Haut, empruntons la voie de la pureté du cœur. Nous verrons Dieu.

Avec St Louis, avec le Karl Leisner ou Maria Goretti, qui sont devenus, chacun à sa manière, des pacificateurs au milieu d'un monde qui ne l'était pas plus que le nôtre, devenons des artisans de paix pour être appelés vraiment des fils de Dieu.

Avec Jeanne d'Arc, avec Padre Pio, avec les apôtres et tous ceux qui ont souffert pour la cause de l'Evangile, accueillons la voie raide et sévère de la persécution pour la justice, douloureusement sans doute, mais tout aussi royalement, elle nous donnera la possession du Royaume des Cieux.

Avec tous les saints martyrs, avec tous les saints apôtres, les saints pères, les docteurs, les évêques, les prêtres, les couples, les consacrés, les saints artisans, commerçants ou éducateurs, avec tous ceux connus de Dieu seuls, avec les saints Innocents morts avant d'être nés, avec tous ceux qui connaissent l'épreuve de l'insulte ou de la persécution dans tous les pays du monde, avec les saints de nos familles et ceux qui nous sont le plus proche, empruntons la voie de la sainteté rude et belle, éprouvante et joyeuse. Réjouissons-nous car notre récompense sera grande sur cette montagne où Dieu nous attend.

Pressons notre marche à la suite et à l'invitation de ceux qui nous précèdent et qui nous attendent. Tous les saints du ciel nous attendent comme cette fresque de Fra Angelico. Ils nous invitent à leur suite et nous resterions tièdes, demande saint Bernard ? Ils nous aideront à gravir la montagne du Seigneur. Et ils nous y aideront d'une manière qui leur corresponde : l'amour nous conduira à l'amour. L'amitié qui anime cette sainte randonnée saura bien nous introduire à cette communion profonde, à cette danse des saints. En nous y introduisant, cette charité qui brûle dans le cœur des saints nous obtiendra de désirer le ciel et, si Dieu le veut, d'y parvenir. Chers amis, hâtons le pas, il est temps de nous mettre en marche !

 

29 septembre 2009

29 septembre

les_saints_archanges_1fs.jpgHomélie de Saint Grégoire le Grand sur les noms des anges

"Il faut savoir que le nom d'anges désigne leur fonction, et non leur nature. Car ces esprits bienheureux de la patrie céleste sont bien toujours des esprits, mais on ne peut les appeler toujours des "anges", parce qu'ils ne sont des anges que lorsqu'ils portent un message. On appelle "anges" ceux qui portent les messages moins importants et "archanges" ceux qui annoncent les plus grands événements.

C'est pourquoi l'archange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie, et non pas un ange quelconque : pour ce ministère, il s'imposait d'envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut de tous les événements. En outre, certains d'entre eux sont désignés par un nom propre, afin de signifier par les mots la nature de leur action. En effet, ce n'est pas dans la sainte cité, où la vision de Dieu tout-puissant confère une connaissance parfaite, qu'ils reçoivent leurs noms particuliers, comme si, sans l'aide de ces noms, on n'avait pas pu connaître leurs personnes. C'est lorsqu'ils viennent vers nous pour exercer un ministère qu'ils reçoivent chez nous des noms tirés de leur fonction.

C'est ainsi que Michel veut dire : "Qui est comme Dieu ?", Gabriel "Force de Dieu", Raphaël "Dieu guérit".Chaque fois qu'il est besoin d'un déploiement de force extraordinaire, c'est Michel qui est envoyé : son action et son nom font comprendre que nul ne peut faire ce qu'il appartient à Dieu seul de faire. L'antique ennemi, qui a désiré par orgueil être semblable à Dieu, disait : "J'escaladerai les cieux, par-dessus les étoiles du ciel j'érigerai mon trône, je ressemblerai au Très-Haut". Or, l'Apocalypse nous dit qu'à la fin du monde, lorsqu'il sera laissé à sa propre force, avant d'être éliminé par le supplice final, il devra combattre contre l'archange Michel : "Il y eut un combat contre l'archange Michel. A la Vierge Marie, c'est Gabriel qui est envoyé, dont le nom signifie "Force de Dieu" : ne venait-il pas annoncer celui qui voulut se manifester dans une humble condition pour triompher des puissances démoniaques ? C'est donc par la "Force de Dieu" qu'il devait être annoncé, celui qui venait comme le Dieu des armées, le vaillant des combats. Raphaël, comme nous l'avons dit, se traduit : "Dieu guérit". En effet, il délivra des ténèbres les yeux de Tobie lorsqu'il les toucha comme pour remplir l'office des soignants. Celui qui fut envoyé pour soigner est bien digne d'être appelé "Dieu guérit".

24 septembre 2009

Homélie de Mgr Vingt-Trois le 26 juillet à Gethsémani (pélé étudiant)

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Comment allez-vous repartir ?

Cheminerez-vous pensifs et attristés, comme les deux disciples qui rentraient à Emmaüs, déçus par tout ce qu'ils avaient vus ? Ou bien serez-vous comme eux soulevés par l'enthousiasme, après qu'ils aient rencontré les apôtres qui leur ont dit : « Il est vraiment ressuscité ! ».

Que s'est-il passé entre les deux ? Qu'est-ce qui a changé entre ce moment d'abattement où ils retournent chez eux en pensant que tout est fini, et ce moment d'envoi en mission où ils découvrent que tout commence ? Comment sont-ils entrés dans la foi au Christ ressuscité, qui fait basculer toute leur existence ?

Ces disciples étaient présents à Jérusalem et y ont été témoins des évènements. Ils ont vu, ils ont entendu, ils ont été proche de tout ce qui s'est passé. Mais cela ne leur suffit pas. Les évènements par eux-mêmes ne donnent pas leur signification et n'indiquent pas la route à suivre. Ils sont un donné brut. Ce qui donne le sens et ouvre la route, c'est le regard que l'on porte sur ces évènements, cette vision du cœur à laquelle le Christ va les éveiller. En reprenant toutes les écritures depuis la Loi, Moise et les Prophètes, Jésus les aide à découvrir ou à redécouvrir tout ce qui avait été annoncé à son sujet, comme un signe et comme une lumière.

Vous aussi, vous avez marché pendant des jours « à travers » l'Ancien et le Nouveau Testament, à travers les lieux fondateurs de la première et de la nouvelle Alliance. Et à mesure de vos pérégrinations, le Christ s'est fait présent à côte de vous, même si vous ne le voyiez pas ou ne le reconnaissiez pas. Sa parole et sa présence ont ouvert vos cœurs et vos esprits. Peut-être avez-vous été un peu lents à comprendre au début, parce que vous n'étiez pas encore dérouillés, ou bien encore parce que vous étiez tout pleins de vos histoires d'avant le départ, de vos souvenirs et des attaches que vous aviez laissées en France ? Mais vous vous êtes retrouvé dans le monde nomade, avec ses inconvénients, certains plus graves que les autres... et ainsi Dieu a pu délivrer vos cœurs et vos esprits et fracasser un peu les protections confortables que nous cherchons à mettre en place.

Et pourtant, arrivés à l'auberge, les deux disciples ne savent toujours pas. C'est seulement à la fraction du pain que leurs yeux vont enfin s'ouvrir. Pour croire, il ne suffit donc pas d'être venu à Jérusalem et de connaître la Bible de a à z, de la création à Jésus. Sinon, il suffirait de distribuer des bibles dans les couloirs du métro ou sur les trottoirs des villes, pour que le monde se transforme. Mais ce n'est pas le papier qui fait croire. C'est la Parole de Dieu, la lumière de Dieu et la présence du Christ. Au début, cette présence est un peu invisible, comme quand Jésus marchait à côté de ces deux disciples qui ne le reconnaissaient pas alors qu'ils avaient vécu des jours et des jours avec lui. Leurs yeux encore fermés vont s'ouvrir à la fraction du pain, lorsque Jésus bénit le pain et le leur partage, selon les gestes mêmes de la cène.

Il ne nous suffit pas de connaître les Ecritures, mais il nous faut entrer dans la présence sacramentelle du Christ. Nous commençons vraiment à croire quand le Christ devient réellement présent dans notre vie par la vie des sacrements. Nous recevons la foi, quand nous recevons le baptême, nous nourrissons notre foi quand nous communions à l'Eucharistie, nous fortifions notre foi en recevant l'Esprit Saint par la confirmation. Ainsi, nous ne sacralisons pas notre christianisme par les sacrements, mais nous devenons chrétiens par les sacrements. Les sacrements ne sont pas une garantie extérieure que l'on viendrait appliquer sur les bonnes résolutions que l'on aurait prises en chemin, comme si ces deux hommes sur la route d'Emmaüs, avaient tout réinventé et que Jésus se contentait de leur dire « C'est bon, vous êtes dans le vrai ! ». Or ils n'ont rien inventé du tout, puisqu'ils n'ont rien compris et n'ont pas reconnu Jésus. C'est lui qui doit leur ouvrir les yeux et les faire toucher de la main la vie qu'ils leur donne.

« Alors leurs yeux s'ouvrirent...et il disparut ! » (Lc 24, 31). Le sacrement n'est pas fait pour que nous le prenions à notre service. Il est donné pour diffuser la vie de Dieu à travers le monde. Jésus ouvre les yeux des disciples et s'échappe de devant eux. Ils savent, ils croient. Ils l'ont reconnu et ont compris pourquoi leur cœur était brulant pendant qu'ils étaient en chemin. Ils savent désormais pourquoi ils sentaient quelque chose sans le voir encore quand Jésus marchait avec eux, pourquoi des mots sont venus s'imposer à leur esprit et à leur cœur, pourquoi des paroles sont montées à leur bouche, pourquoi il y a eu ces soupirs qu'ils n'ont pas osé pousser, pourquoi seuls, dans le secret, ils ont pleuré et ils ont ri. Ils ont cru.

Alors tout heureux, ils veulent aller réconforter les apôtres ! Ils reviennent à Jérusalem les jambes à leur cou. Pensez-donc, ils ont vécu ce que personne n'avait vécu, ils ont fait ce que personne n'avait fait, ils ont vu et compris ce qu'aucun n'avait vu ni compris ! Ils sont un peu les héros de la foi qui reviennent de pèlerinage ! Ils vont tout raconter et tout expliquer.

Mais vous avez entendu le récit de l'Evangile : ils arrivent, j'allais dire, ils ouvrent la bouche, ils prennent leur souffle... et les disciples leur disent : « C'est vrai, il est ressuscité et il est apparu à Pierre » (Lc 24, 34). Tout l'effet est manqué. Ils ne sont pas ceux qui viennent raconter aux apôtres qui est Jésus-Christ, mais ce sont les onze qui leur disent qu'il est vraiment ressuscité.

La foi de l'Eglise n'est pas la construction de nos expériences empilées, ni le rassemblement de chacune des nos vies, ni encore l'addition de nos prières et de nos chemins. Elle est un don que Dieu fait par la médiation des apôtres ! Et l'origine de la mission de l'Eglise n'est pas l'expérience particulière de chacun mais l'expérience structurante de Pierre : « Il est apparu à Pierre et aux autres » (Lc 24, 34). Seulement alors ils peuvent raconter, partager, additionner, augmenter et développer. Ils sont bien inscrits dans la mission d'Église et c'est la fin du pèlerinage. Ensuite, viendra le temps de la Pentecôte et de l'envoi en mission. C'est une autre histoire que vous pourrez lire en attendant l'avion, vous aurez le temps.

Pour croire au Christ ressuscité, il nous fait donc premièrement nous laisser conduire par Jésus lui-même dans la découverte de l'Ecriture, et à travers elle dans l'histoire de la Révélation, pour saisir comment depuis les origines jusqu'à nous, Dieu trace un chemin pour les hommes. Comme les deux disciples d'Emmaüs, chacun de nous parcourt ce chemin soutenu et éclairé par le Christ.

Deuxièmement la foi se reçoit et se nourrit par les sacrements. Je ne suis pas chrétien en dehors de sacrements, si je n'aspire pas à communier à la vie du Christ et à me laisser transformer par lui. Certes, je n'en suis pas toujours capable, ni prêt, ni disposé. Mais je dois toujours le supplier de venir transformer ma vie : « Viens Seigneur Jésus ! Maranatha ! » (Ap 22, 20). Viens Seigneur Jésus, viens par le baptême, viens par ton Esprit, viens par l'Eucharistie, viens par l'amour consacré du mariage, viens par la réconciliation, viens par l'ordination des prêtres, viens par le sacrement des malades, viens consacrer toute l'existence humaine !

Enfin, la mission de l'Église se vit dans la communion aux apôtres. Le don de la grâce que Dieu fait à chacun, gratuitement dans le secret de notre cœur, n'est pas pour nous seulement. Il nous est offert pour que nous entrions dans la mission de l'Église fondée sur l'expérience et le témoignage des apôtres et sur la communion avec Pierre. Avec tous les évêques qui m'entourent, dans ce lieu ou le Pape Benoît XVI a célébré lui-même l'Eucharistie il y a si peu de temps, nous sommes en communion avec toute l'Eglise apostolique pour lancer dans ce XXIème siècle qui commence la mission toujours nouvelle d'annoncer l'Evangile du Christ à toutes les nations. Que ce petit noyau que nous sommes puisse encore une fois gagner toute la Terre ! Quel chemin !

Chers amis, avant d'invoquer l'intercession de saints de nos diocèses et de renouveler la profession de foi de notre baptême, je vous propose pendant quelques instants de silence, de revoir intérieurement ce petit chemin que vous avez fait avec le Christ qui a marché à côté de vous, a ouvert votre cœur, s'est donné à reconnaître dans la fraction du pain et qui vous a conduit auprès des apôtres pour devenir les témoins de la résurrection. Amen.

 

01 septembre 2009

Le don et le donateur

mains.jpg« Alors vous vivrez, vous entrerez en possession du pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères »

Vous n'avez peut-être pas fait attention à cette phrase de la première lecture. Ce n'est que la première lecture, elle annonce un thème qui sera développé dans l'Evangile. Alors nous attendrons paisiblement l'Evangile et l'homélie intelligente que va nous faire le prédicateur du jour.

Invitation au voyage : le peuple hébreu avait quitté l'Egypte, il avait erré 39 ans dans le désert et voilà que la dernière année, il se prépare enfin à entrer en Terre promise. Le moment est solennel : il est rapporté dans les premiers chapitres du Deutéronome. Lui qui ne sait pas parler, Moïse prononce un grand discours. Que leur dit-il : souvenez-vous ! Souvenez de ce que Dieu a fait pour vous. Souvenez-vous de l'itinéraire ! Souvenez-vous de l'eau donnée dans le désert, de la manne et des cailles qui vous ont nourris quand vous aviez faim et que vous vous êtes plaint ! Souvenez-vous des peuples que vous avez rencontrés sur votre route et Dieu dont vous a protégés ou contre lequel il a permis votre victoire. Souvenez-vous, souvenez-vous en donc au moment où vous allez enfin entrer en terre promise !

Autrement dit : souvenez-vous donc de Dieu à travers ce qu'il a fait pour vous. Souvenez de la main qui donne et pas seulement de ce qu'elle a donné ! L'avertissement est solennel. Il peut paraître évident, mais remarquez bien qu'il n'est pas complètement déplacé. C'est que l'expérience de gouvernement de Moïse parlera aux parents ou aux éducateurs que vous êtes : il sait qu'éduquer, c'est répéter !

On se répète: Souvenez-vous de Dieu et de tout ce qu'il a fait pour vous ! Activez puissamment votre mémoire spirituelle, au moment même où vous allez enfin être les destinataires de tout ce qu'il veut vous donner. La tendance, pour ne pas dire la tentation, est grande de ne retenir que les dons, au détriment du donateur.

Il ne faut pas croire que cela soit plus facile pour le peuple d'Israël, que pour les disciples du Christ. Il suffit de se souvenir de leur réaction après la multiplication des pains, ou même après la résurrection ("vas-tu rétablir maintenant la royauté en Israël ?").

Pourtant, il y a un autre aspect plus délicat qui rend cette distinction entre les dons et le donateur difficile.

L'expérience d'Israël est l'expérience d'un Dieu qui s'est fait proche, au point d'intervenir quand le peuple a crié vers lui. Il a donné le salut. Il a donné la libération d'Egypte. Il a donné la terre. Quand il donne, Dieu manifeste ce qu'il est : tendre et compatissant, miséricordieux. Les dons de Dieu témoignent de ce qu'il est. Les dons sont donnés pour parler de Dieu. Il est prodigue.

Mais il y a plus. Les dons sont indissociables du donateur. Dieu donne et il se donne. La révélation qu'il fait de sa Loi n'est peut-être qu'une étape dans sa pédagogie d'éducation du peuple hébreu. Il n'empêche, que c'est une révélation de ce qu'il est : saint. D'où l'avertissement : "soyez saints, comme je suis saint". Il donne la Loi, qui sort de lui comme un éclat de sa sainteté.

Evidemment, cette identité entre les dons et le donateur éclate dans la personne du Fils. Dieu donne et se donne. Il donne son amour et il se donne par amour. C'est vrai dans l'Eucharistie que nous allons recevoir dans un instant. Ce n'est pas moins vrai dans la Parole méditée et célébrée en cet instant. Dieu donne ses dons et il se donne dans ses dons. C'est la modalité profonde de l'alliance qu'il établit pour nous.

Il faut en tirer une conclusion : Dieu n'a cessé de se donner à nous à travers tout ce qu'il nous a donné jusqu'à ce jour. La vie reçue, l'amour de nos parents, l'affection de nos proches, les talents reçus et entretenus, je laisse à chacun le soin de compléter cette liste, je ne voudrais pas être indiscret. Bref, dans tout ce que nous avons reçu, Dieu s'est donné à nous.

Entrons donc en toute confiance dans cette relation d'alliance où nous nous les destinataires de cette donation de Dieu. Demandons pardon pour notre manière maladroite de donner, en reprenant ou en refusant de nous donner plus avant. Apprends-nous Seigneur à vivre de tes dons et à nous donner sans mesure, avec une infinie confiance.

 

22 juin 2009

Maître, nous sommes perdus : cela ne te fait rien ?

11%20ENLUMINURE%20EV%20HILDA%20TEMPETE%20APAISEE%20DARMST.jpgJe ne sais pas si les Bourguignons ont le pied marin, mais les Hébreux, non. Pas seulement pour des raisons de géographie physique : pas de poisson dans la Mer Morte ; un lac de Galilée qui peut être violent à certains moments de la journée ; une Méditerranée incertaine la moitié de l'année. Le psaume s'en faisait l'écho : ils étaient malades à rendre l'âme.

Pour le peuple biblique, l'eau, la mer sont des éléments inquiétants. Les animaux qui l'habitent sont une manière de parler des monstres spirituels qui l'environnent. Bref, l'eau c'est la mort. Celle qui rôde sournoisement. Celle dont la terre est séparé par la tenture des firmaments, en craignant  non pas que le Ciel vous tombe sur la tête, mais plutôt que les eaux d'en haut ne se déchaîne et engloutisse à nouveau la terre. L'eau, la mer, le vent, la tempête déchaînent cette peur viscérale : nous allons mourir. Elle amènent un doute : cela ne te fait rien ?

« Nous allons mourir. Cela ne te fait rien ? » Vous avez reconnu cette interpellation violente des apôtres au Christ. Au milieu du lac, le soir étant venu, la barque rencontre cette mini-tempête connue des pécheurs, connue mais violente tout de même. Les vagues la menace, le naufrage est proche. Nous allons mourir et Jésus semble indifférent.

Nous aurions vite fait, parce que nous connaissons l'issue, de traiter avec un sourire amusé la peur de ces disciples. Les pauvres, ils manquent de foi !  Et pourtant, ils veulent vivre ! Comme le fils prodigue qui crève de faim loin de chez son père, ils expriment un besoin vital : nous voulons vivre ! Nous ne sommes pas faits pour la mort ! De cela, le Seigneur ne peut être indifférent, lui qui a créé l'homme pour la vie. La vie de l'homme c'est la gloire de Dieu, dit saint Irénée.

Lieu de la mort, l'eau est aussi le lieu d'un déchaînement, d'un chaos et d'un désordre, alors même que Dieu met constamment de l'ordre dans la création. C'est là que la suite prend toute son signification : Jésus se réveille, se dresse. Il parle et commande au vent et à la mer : Silence, tais-toi. Le miracle se fait dans l'instant, comme nous aurions aimé être là. Comme aux jours de la création où Dieu sépare les eaux d'en haut des eaux d'en bas, les eaux de la mer en leur donnant une limite à ne pas franchir ; comme aux jours de Noé, il y commande aux eaux pendant 40 jours, puis les fait s'arrêter ; comme aux jours de Moïse en dressant des murailles d'eaux à gauche et à droite du peuple, en soufflant un violent vent d'est.  Dieu est le maître de la création. Il est puissant et souverain. Il commande et les eaux de la mort lui obéissent. Maître donc. Maître de la vie et de la mort. Regardez même les termes : ils se réveille. Un autre évangéliste, dit qu'il se dresse. Deux verbes très concret qui sont deux images de la résurrection pour une langue qui ne connaît pas cette réalité. Dans cette barque, il y a déjà le Ressuscité du matin de Pâques qui est vainqueur et manifeste la victoire sur tout mort. Non il n'est pas indifférent. Comme dit le psaume, il ne dort pas, ne sommeille pas le gardien d'Israël

Pourtant, reste une question : Jésus dort dans la barque. Saint Augustin a une homélie qui s'interroge fortement sur cette réalité : pourquoi Jésus dort-il à ce moment dramatique où tout semble engloutir le disciple.  Jésus dort en toi, parce que tu ne l'as pas réveillé. Jésus dort en toi au moment où les assauts de la mort et du péché t'assaille, parce que tu ne l'a pas réveillé. Tu n'as pas encore crié vers lui ; tu ne lui a pas encore laissé la possibilité de dominer en toi sur ces forces de la mort et du péché.

Réveille-le et écoute sa parole, comme les vents et la mer l'écoute et lui obéissent parce qu'il est le Maître. Réveille le en rappelant son souvenir, le souvenir de ses paroles et de ses actions. Souviens-toi de lui et pense à lui, insiste saint Augustin.

Les barques de nos existences nous font aborder des mers plus ou moins changeantes, plus ou moins rassurantes, plus ou moins dangereuses. C'est une évidence. Les tempêtes extérieures sont là. Elles ne sont pas moins violentes que nos tempêtes intérieures. Il n'est pas indifférent de découvrir que, quoi qu'il arrive, Dieu est présent. Il est là, au fond de la barque, ne violentant pas notre liberté. Dieu est là et je ne le savais pas, dit Jacob que sortir de son songe. J'avais même oublié que sa simple présence pouvait être une douce consolation. Du Seigneur, nous attendrons aisément de lui qu'il domine la mort, le mal et les tempêtes qui semblent nous engloutir. Si ce n'est pas le cas, nous nous réjouirons déjà qu'il soit présent avec nous, au fond de la barque. Il est avec nous, le Seigneur de l'univers.

 

19 juin 2009

Un soldat lui perça le côté et il en sortit de l’eau et du sang

franckechristus.jpgAvec cet Evangile (Jn 19, 31-37), nous sommes avec Jésus en Croix et ce côté ouvert dans le geste prophétique de ce soldat. Un homme en croix. Des mains cloués. Celles-là même qui avaient guéri les malades, consolé les affligés, multiplié les pains. Des pieds réduits à l'inactivité. Ceux-là même qui avaient marché sur les eaux, qui avaient parcouru les villages de Galilée, les routes de Samarie, les rues de Jérusalem. Une bouche muette : celle qui avait enseigné, expulsé des démons, pardonné les péchés. L'homme en croix est désespérément immobile, apparemment inactif. Une oreille attentive a entendu qu'il remettait sa vie entre les mains du Père. L'instant d'après, il est mort. Le coeur s'est arrêté de battre. C'est fini : tout est accompli.

Puis, une source ouverte par ce coup de lance anonyme. De l'eau et du sang coule de son côté. Déjà 6 siècles auparavant, le prophète Ezéchiel avait vu une source couler du côté droit du Temple, une source grandissante au point de couler vers la Mer Morte et en assainir les eaux. Ce soir, la voici la vraie source qui coule, enfle, purifie les eaux mortes et donne nourriture et remède. De son sein jailliront des fleuves d'eau vive, avait prévenu saint Jean.

La tradition de ceux qui nous ont précédés, les Pères de l'Eglise, y ont reconnu l'Eglise qui naît de ce côté ouvert comme Eve du côté d'Adam. Ils y ont vu le jaillissement de la vie que donnent les sacrements. L'eau et le sang. L'eau qui lave et purifie. Le sang qui vivifie et nourrit. Le baptême et l'Eucharistie.

De fait, par la vie de l'Eglise, par l'énergie des sacrements, cette vie coule et continue de couler jusqu'à nous, jusqu'à ce soir. La fête du Sacré-Cœur vient nous montrer ce mystère de notre foi : l'évènement vient à nous ; Dieu ne cesse de déployer pour nous le fleuve de sa miséricorde. Je lui parlerai cœur à cœur, avait annoncé le prophète Osée. Ce soir, notre action de grâce, qui que nous sommes, est grande pour cela : le cœur de Jésus est ouvert ; il veut se déverser dans le nôtre pour y laisser couler sa vie et son amour. Une source est ouverte et part de son cœur pour atteindre le mien, à condition qu'il trouve une brèche, une blessure pour l'irriguer.

Une source est ouverte qui veut nous rejoindre chacun. En cet instant, je pense à l'ensemble des sacrements par lesquels ce cœur veut toucher notre cœur.  Parmi ces sacrements le baptême est la porte, l'Eucharistie la source et le sommet. Et le sacrement de l'ordre ? Celui par lequel aujourd'hui, ici encore, le Christ rend présent sa vie. Avec vous, nous recevons cette vie, mais également pour vous, nous en sommes les ministres, les intendants, les gérants de cette source.

En ce 19 juin,  4 intendants des mystères de Dieu rendent grâce pour le don du sacerdoce qui leur a été fait il y a dix ans. Il y a dix ans, dans le cœur de ces quatre hommes, configurés au Christ, une source a été ouverte, celle d'où s'écoule au nom même du Christ Tête et Pasteur, la vie de Dieu pour vous.

Il n'est pas banal que ce soir nous rendions grâce pour le don du sacerdoce en cette fête du Sacré-Cœur de Jésus, jour d'ouverture de l'année sacerdotale pour toute l'Eglise. Le curé d'Ars est donné comme figure de père à tous les prêtres. Une de ses phrases célèbres est justement : « Le sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus ». Tout prêtre est un pasteur selon le cœur de Dieu, tout prêtre est précisément un don de la miséricorde divine qui actualise, rend présente la vie que Dieu veut pour tous. Par le sacerdoce, le pain de Dieu n'est jamais plus loin que la bouche du prêtre qui le consacre et la main qui le donne. Le pardon de Dieu n'est pas plus loin que l'oreille du prêtre qui reçoit les péchés et ses paroles qui pardonnent. « Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre (...) C'est le prêtre qui continue l'œuvre de rédemption sur la terre. A quoi servirait une maison remplie d'or, si vous n'aviez personne pour ouvrir la porte. C'est lui qui ouvre la porte, il est l'économe du bon Dieu, l'administrateur de ses biens... Le prêtre n'est pas prêtre pour lui, il est pour vous »

Dieu ouvre des sources pour vous. Nous rendons grâce ce soir pour cette source qui a été ouverte en nous, pour tous ceux qui sont venus y boire. Nous rendons grâce pour tout le bien que qu'il nous a été donné de faire et que nous n'avons pas vu. Nous demandons pardon également pour être des intendants quelquefois négligents, tièdes, impatients. Il nous arrive d'être comme l'âne de la fable de La Fontaine. Transportant des reliques, il se flatte que les honneurs lui soient rendus.

Dieu ouvre des sources dans des cœurs de prêtres et veut continuer à en ouvrir. Dieu le veut en toi. Il le veut pour toi et pour le bien que tu feras en te mettant complètement à son service. Il te fait confiance. Laisse ton cœur être touché par le cœur de Jésus.

31 mai 2009

Tous furent remplis de l'Esprit Saint

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Pâques-Pentecôte. 50 jours marqués par la Résurrection du Christ et le don de l'Esprit. 50 jours qui sont plus que les 40 du Carême. 50 jours qui sont ceux qui séparent les deux fêtes juives de Pessah et de Chavouoth, la Pâque et les moissons, la première gerbe d'orge et la première gerbe de blé, et surtout 50 jours, selon le Pentateuque, entre le passage de la Mer Rouge et le don de la Loi au Sinaï.

La tradition juive fête donc en ce jour celui où Dieu donne sa Loi sur la haute montagne dans une théophanie : nuée, vent, éclairs, feu et surtout la voix qui se fait entendre et grave elle-même les Dix paroles sur les tables, avant qu'elle ne soit inscrits sur les cœurs.

Le feu, les paroles, le vent, les mêmes éléments à la chambre haute du Cénacle. Vous connaissez suffisamment cette scène des Actes que nous venons de réentendre. 12 hommes autour de Marie, embrasés au point que les paroles fusent, dans toutes les langues et plus tard dans toutes les directions du monde antique. Le feu veut se propager. L'amour les brûle et les presse.

Mais pour l'heure, saint Luc note très simplement qu'ils furent tous remplis de l'Esprit-Saint. Cela m'étonne. Peut-être que mon étonnement vous étonne ? Je m'explique : ils sont remplis. 9 fois dans les Actes (et 4 fois dans son Evangile), Luc en parle. Il ne dit pas qu'ils reçoivent ou qu'ils accueillent l'Esprit versé en eux. Encore moins qu'ils bénéficient de l'Esprit-Saint. Non, remplis, comme un récipient est rempli à raz bords de son contenant.

S'ils sont remplis au point d'être devenus les témoins hardis du Christ, c'est dire que l'Esprit-Saint a pris toute la place en eux. Pleinement remplis. Remplis à raz bord comme les barques lors de la pèche miraculeuse, comme Jean Baptiste dont l'ange annonce qu'il sera rempli d'Esprit-Saint dès le sein de sa mère.  Remplis jusqu'à en être rassasiés, dit le dictionnaire grec-français. Mais c'est dire aussi s'ils étaient disponibles à sa venue, à son envahissement. En eux, le vide s'était creusé. Ils sont devenus capacité.

L'Ancien Testament annonce déjà cette plénitude, quand la Gloire de Dieu emplit toute la Demeure (Ex 40,34 ou ou Is 6,1 ou Ez 43,5 44,4), ou que les écrits de sagesse annonce  que l'Esprit du Seigneur emplit tout l'univers. Dieu habite la Création de l'intérieur. Lui le Tout-puissant, le très-haut, habite la création par son Esprit qui renouvelle en acte toutes choses.

La liturgie de ce jour nous fait demander, et même depuis 10 jours, que l'Esprit vienne en nous. Nous le demandons dans cette belle séquence : qu'il vienne, qu'il lave, purifie, réchauffe, inonde, baigne, fortifie, console... Et il le fera. Mais comment peut-il venir, si notre disponibilité n'est pas au rendez-vous ? Comment peut-il habiter notre être, si cet être n'est pas en capacité d'en être rempli ? Pas seulement de lui faire une petite place, en le rangeant bien dans un coin comme un bibelot acheté au bric à brac en attendant le prochain. Non, comme un hôte qu'on accueille et qui vient prendre toute la place, parce qu'on y consent. Au point de s'y livrer, de s'abandonner à sa conduite, à sa gouvernance.

Au terme de ces 50 jours du temps pascal, nous avons pris le temps de méditer la beauté du Ressuscité, de mesurer les contours du salut qu'il nous offre, de recevoir la dignité d'enfants de Dieu. Aujourd'hui, c'est le moment décisif de l'embrasement : ce salut, c'est pour toi. Ce salut, je le place au plus profond de toi pour qu'il envahisse toute ta vie, chacun de tes choix, de tes actes. Je te le donne pour que tu me connaisses de l'intérieur et que tu me reconnaisses.

Fais toi capacité. C'est ce que Dieu avait dit à saint Catherine de Sienne, je me ferai torrent.

Aujourd'hui, nous sommes comme les fils des Hébreux qui assistent à l'embrasement de la montagne et qui accueillent le don intérieur de la Parole de Dieu. Ils virent une voix, dit le deutéronome. Ils sont emplis par cette Parole qui habite dès lors chacun de leur acte.

Nous sommes comme les Apôtres qui, dans cette chambre haute sont remplis, à la mesure de la disponibilité de leur être, au point d'être conduits, non plus par les aller et venues du Maître de Galilée, mais par la présence intérieure de l'Esprit qu'il donne.

Laissons-nous conduire par l'Esprit, concluait saint Paul. C'est séduisant. C'est risqué également. Prendrez-vous ce risque ? Ecoutez-le parler encore une fois : fais-toi capacité, je me ferai torrent.

 

19 mai 2009

Il fut enlevé au ciel

Christi_Himmelfahrt_17_2008.jpgAprès leur avoir parlé, le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu.

Presqu'au terme de ce temps pascal, la liturgie nous place sous nos regards le Christ enlevé au ciel pour s'asseoir à la droite de son Père. Et nous sommes un peu comme les Apôtres regardant le ciel, attendant d'entrer dans l'intelligence du cœur de ce mystère de l'Ascension.

L'Ancien Testament connaît quelques figures qui ont été enlevés au ciel. Et pas des moindres, puisque parmi eux il y a Élie. Élie le grand prophète, celui qui doit venir comme précurseur du Messie. Et la liturgie juive attend toujours cet Élie qui précédera de peu le Messie de Dieu. L'enlèvement d'Élie sur son char de feu nous est familier. Pour lui, c'est une glorification. Comme dit un des livres des Maccabées, c'est pour avoir brûlé du zèle de la Loi, qu'il fut enlevé au ciel. Ainsi glorifié il est mis en réserve pour annoncer les temps messianiques où tous partageront la gloire destiné jusqu'alors à un seul.

Notre Seigneur Jésus, lui le Verbe qui était auprès de Dieu, remonte à la droite de Dieu en ce jour. Lui, la lumière véritable qui éclaire tout homme avait été mis sur le lampadaire de la Croix pour éclairer les ténèbres du péché. Aujourd'hui, Il remonte auprès de la lumière éternelle, non sans illuminer et enflammer nos cœurs obscurcis. L'Église à partir d'aujourd'hui attend cet embrasement que donnera l'Esprit-Saint pour porter au monde cette flamme brûlante. La lumière du cierge pascal vient nous éclairer de l'intérieur.

Comme le dit saint Jean, la Vie s'est manifestée. Nous l'avons vu et nous en rendons témoignage. Cette Vie qui était auprès du Père et qui remonte vers le Père nous a communiquée cette vie éternelle. Nous ne sommes donc pas rendus en arrière, avant l'Incarnation. Non, la grâce de l'Incarnation continue à se déployer dans tout le corps du Christ alors même que son corps ressuscité est enlevé au ciel.

Aujourd'hui, se réalise ce que le Christ avait dit de lui : Moi, Je suis le chemin, la vérité, la vie. La vie avait triomphé de la mort au matin de Pâques. La vérité avait triomphé du mensonge dès les premiers mots du Verbe incarné. Aujourd'hui le chemin nous entraîne vers le Père.

Si le Christ est le chemin du Père, alors il nous montre aujourd'hui le terme de notre destinée : être avoir lui auprès du Père. Et son Ascension nous prend déjà avec lui, puisqu'il remonte avec toute son humanité à la droite de Dieu. Son humanité que le Christ porte plutôt qu'il ne l'endoisse, à laquelle il est profondément unit, cette humanité est désormais en Dieu. Notre humanité demeure désormais en Dieu, parce que Dieu est demeuré parmi nous, en nous. Pour tout homme, pour chacun de nous, une patrie est proposée : demeurer en Dieu, comme le Fils demeure auprès du Père. Saint Augustin ne dit pas autre chose quand il confesse : Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en Toi.

En disant cela, je pense à cette fameuse icône de la Trinité de Roublev. Vous vous souvenez qu'elle représente les trois anges accueillis par Abraham au chêne de Mambré. Andrei Roublev. Les trois personnes divines sont autour de la table trinitaire. Mais cette table a 4 côtés, elle est ouverte vers celui qui contemple l'icône, vers le croyant attendu à cette table trinitaire. Voilà frères et sœurs, le terme de notre chemin, le terme du chemin ouvert aujourd'hui par le Christ qui monte vers son Père. Mais dans ce chemin, nous sommes déjà saisis par l'humanité glorifié du Verbe incarné qui se présente au Père. Nos pauvres corps sont précédés par ce corps glorieux en attendant que nous le voyons face à face.

Alors, Il essuiera les larmes de nos visages ; nous lui serons semblables et nous le chanterons éternellement. Je vous laisse pour finir cette finale de l'Oratorio de l'Ascension de Bach. Le dernier choral lance comme une prière ce cri de l'âme :

Quand cela arrivera-t-il, quand viendra l'heureux temps où je le verrai dans sa gloire ? Ô jour, quand viendras-tu, où nous saluerons le Sauveur, où nous embrasserons le Sauveur ? Viens présente-toi enfin !

 

10 avril 2009

Il prit le pain, le bénit, le rompit et le donna

maaloula_fresque_marsarkis_03.jpgEn ce Jeudi-Saint, nous communions à ce pain. C'est le pain de la Pâque, le pain pris par le Christ dans le repas de cette nuit pour en faire le sacrement de son Corps et de son Sang. C'est le pain azyme qui n'a pas levé, que Dieu donne aux enfants d'Israël comme mémorial de leur libération. C'est le mémorial de la Pâque, au point que tous ceux qui consomment cet Agneau immolé au Temple, revivent la Pâque, sortent à nouveau d'Egypte. Manger l'Agneau, c'est manger la Pâque. Manger ce pain et boire à cette coupe, c'est recevoir ce qui est donné pour que tous aient la vie.

Vous le savez, ce pain et ce vin, c'est le Corps et le Sang du Christ. Déjà dans le Séder, le repas rituel juif, l'arrivée du Messie est signifiée au moment où l'on consomme en silence le pain tenu caché et la dernière coupe, celle du Messie justement. Par ces paroles « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », le Christ en a fait le sacrement de sa présence : celle qui vient de cette nuit de la Cène, ou celle qui vient de la fin des temps. Je vous propose de lui appliquer ce que l'Evangile dit du pain, pris, béni, rompu et donné. Il est Celui qui est pris du milieu des hommes, qui habite parmi nous. Il est Celui qui est béni du Père, consacré par l'Esprit qui est sur Lui, béni, consacré, glorifié par le Père comme le rapporte les Evangiles où sa vie suinte les œuvres du Père comme une huile qui déborde. Il est Celui qui est rompu, s'abaissant dans l'incarnation rédemptrice, dans la mort et la mort de la croix, homme de douleurs, agneau immolé qui répond sa vie. Il est Celui qui est donné à ses disciples qui nous le donnent aujourd'hui. Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime.

Ce soir, nous commémorons l'institution de l'Eucharistie qui est précisément ce sacrement de la présence du Corps et du Sang du Christ. Il est donné à toute l'Eglise, pour que chacun de nous en fasse, non seulement sa nourriture, mais également la règle de sa vie baptismale. Comment cela ? Reprenons ces quatre verbes du récit. Chacun de nous peut se découvrir pris, béni, rompu et donné. Pris de façon personnelle, c'est-à-dire appelé chacun par son nom, discerné, élu, aimé. Béni, lavé et consacré dans les eaux du baptême et par l'huile de la confirmation, objet de la sollicitude du Père. Rompu à notre péché, à notre amour-propre, désincarcéré de la gangue qui emprisonne nos capacités à aimer et à pardonner. Donné là où nous sommes, pour que le monde croie et qu'il ait la vie.

Ce soir, il vous est proposé ce soir de regarder l'Eucharistie, avant d'y communier dans la nuit sainte. En la regardant vous pourrez peu à peu devenir ce que vous recevez membre du Corps du Christ. Toute votre vie peut devenir eucharistique si vous acceptez dimanche après dimanche, et plus si affinité, de vous unir à ce pain pris, béni, rompu et donné. Comment vous unir, par cette participation intérieure, cette présentation intérieure de vous-même qui vous associe à cette offrande du Christ dans ce pain et ce pain. Le voici, ce sacerdoce baptismal dont la liturgie du baptême nous parlera samedi.

Pour l'exercer, tous nous avons besoin des ministres choisis par le Christ. Ce jour, ce soir est également l'anniversaire de l'institution du sacerdoce apostolique. Les prêtres ont renouvelé à la messe chrismale les promesses de leur ordination, en mémoire de ce jour où ils sont nés. « Vous ferez cela en mémoire de moi », c'est la consigne intimée par le Christ à ses apôtres et à leurs successeurs. Dans la liturgie de l'ordination, l'évêque leur a demandé de « prendre conscience de ce qu'ils feront, de vivre ce qu'ils accompliront et de se conformer au mystère de la croix ». Vivre ce que nous accomplissons. Là encore, l'Eucharistie nous donne la clé. Ils sont pris du milieu des hommes, pris dans une histoire personnelle, une culture, une formation, des qualités, des défauts. Ils sont bénis non seulement par l'amitié du Christ qui les prend pour être avec lui, mais par une consécration qui les fait agir en sa personne même. Ils sont rompus par leur célibat, par leur ministère, dans leur volonté propre, leur exercice de l'autorité. Enfin, ils sont donnés. Ils vous sont donnés pour être à votre service et celui du bien commun de toute l'Eglise. Ils vous sont donnés pour votre communion. Ils ne sont pas des miroirs de la communauté, mais plutôt des icônes du Christ qui se donne à vous, ou mieux encore : des sacrements de la charité pastorale du Christ qui vous donne de vivre la charité fraternelle. Leur sacerdoce ministériel est au service de votre sacerdoce baptismal.

Dans un instant, cette condition de serviteur de la charité de Dieu pour vous va nous être rappelée par ce geste d'une haute portée spirituelle qu'est le lavement des pieds. Le Christ nous sauve en s'abaissant. Ce soir, ce n'est pas un acte du passé. C'est aujourd'hui qu'il se dépouille dans l'Eucharistie et dans le lavement des pieds. Là est la source de l'amour et de la charité. Il est grand le mystère de la foi !

 

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