Dans ces derniers dimanches de l’année liturgiques, nous touchons le terme de ce que la liturgie veut nous faire entrevoir du mystère du Christ. Dimanche prochain, la fête du Christ-Roi clôturera notre année liturgique, en nous faisant méditer la figure royale du Christ dans sa Passion, dans le mystère de l’accomplissement de la volonté du Père.
Aujourd’hui, nous voici devant cet enseignement du Christ lui-même, à propos de sa venue. C’est la conclusion qui retient mon attention en ce dimanche ; elle sonne comme une promesse : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas »
Le Christ annonce donc une fin, la fin du ciel et de la terre, la fin d’une création dont le moment initial a été voulu par Dieu. « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Souvenez-vous du récit de la création, quand au terme des 6 jours de l’œuvre créatrice Dieu contemple sa création et se repose de toute l’œuvre entreprise. Cette création est devenue comme un écrin : écrin de la vocation de l’homme, écrin de l’incarnation du Verbe, écrin du salut réalisé par le Fils. Cette création, ce ciel et cette terre, doivent passer. De même que le commencement appartient à Dieu, il faut entendre qu’il y a une fin et qu’elle appartient également à Dieu : « Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père »
Mais qu’est-ce que cette fin ? Nul ne le sait. Ne croyons pas trop rapidement en avoir une description dans l’Evangile de ce jour : « Après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées ». L’Ecriture elle-même parle en des termes qui sont et qui restent dans l’univers de celui qui écrit ou du destinataire premier de ces lignes. Ils sont nombreux sont qui ont annoncé la fin du monde, parce qu’ils interprétaient ainsi des évènements catastrophiques advenus ou à venir. C’était vrai au moment de la chute du Temple en 70, c’était vrai lors de la grande peste du XIVème siècle, c’était encore vrai au moment de l’an 2000 et de son grand bug annoncé, ou de l’éclipse du soleil en 2001. Que n’a-t-on pas entendu ! Et que dire du 21 décembre 2012 ?
Notre curiosité, ou plutôt notre inquiétude, la nôtre et celle de nos contemporains est grande à ce sujet. Elle est quelquefois insatiable, et même tellement fébrile qu’elle devient irrationnelle. Le succès et la séduction des sectes, des gnoses, des comportements extrêmes de tout genre n’est pas loin.
Le service que nous pourrions nous rendre, et le rendre à nos contemporains serait de convertir notre rapport à la fin des temps, à l’eschatologie comme on dit. Trois points peuvent nous y aider.
Dieu qui est la cause première de tout, n’est pas la cause unique de tout. En particulier, il n’est pas la cause de toutes les catastrophes qui arrivent dans l’humanité, dont en plus les medias se délectent, attisant par là le sentiment que nous sommes à la fin du monde chaque soir à 20h. L’imprévisibilité des éléments, la folie et le péché des hommes ne sont pas sans lien avec nombre de catastrophes, parce que Dieu n’empêche pas sa création d’exister dans son dynamisme, il n’empêche pas l’homme au milieu d’elle d’être libre. Arrêtons de pleurer comme des enfants en pensant que Dieu est perpétuellement en colère et qu’il nous punit par mille et une catastrophe. Sinon nous en serions à prier Toutatis pour que le ciel ne nous tombe pas sur la terre !
« Le ciel et la terre passeront ». La réalité de cette affirmation doit nous habiter. Elle doit habiter notre prière, notre existence. Le quand et le comment ne nous appartiennent pas. Ce peut être ce soir ou dans 100 ans. Peu importe. La réalité de la remise de ce monde à Dieu est une certitude dans la foi. Et donc l’enjeu de la remise de moi à Dieu est entière. Je passerai à Dieu. Voilà la Pâque à venir pour chacun de nous et pour toute la création. Il s’agira donc désormais de vivre avec cette garde du cœur, cet appel profond à passer de ce monde au Père.
« Mes paroles ne passeront pas ». Quand bien même l’écrin qu’est la création passe, le Verbe, la Parole du Dieu vivant, la personne même du Christ elle ne passe pas. Elle demeure la même hier, aujourd’hui et dans l’éternité. Le visage lumineux et miséricordieux de Dieu ne saurait pas. Voilà une autre certitude de foi. Voilà une certitude qui doit nous habiter également. Si nous passons comme cette création, nous passons en lui. Notre Pâque à venir sera un passage à ce qui ne passe pas. L’Eucharistie que nous allons recevoir en est comme les arrhes, comme une avance. Recevons-la avec confiance. Tout passe. Lui et nous avec lui, ne passeront pas.
Nous connaissons bien ce passage de l’Evangile (Mc 10, 46-52). La montée de Jésus à Jérusalem passe par la ville de Jéricho. Après la dernière annonce de la Passion, dans le climat passionné qui précède son entrée triomphale à Jérusalem, le voici sortant de Jéricho, et prenant résolument la route de la Passion, la route du dépouillement, la route du salut, qui n’a rien de la gloire humaine, et encore moins d’un long fleuve tranquille. C’est le moment où ce qu’il vient apporter se dévoile, le moment où le salut vient en pleine lumière.
« Soyez soumis les uns aux autres… les femmes à leur mari… les hommes aimez votre femme ». Le voici donc le texte tant redouté et tant guetté. On le lit en le murmurant, on lui préféreraistpresque l’Evangile et ce dialogue entre Jésus et les apôtres. Bref, on serait tenter d’en faire l’impasse, comme un étudiant avant ses examens. .
Une fois n’est pas coutume, revenons à la première lecture. Le prophète Elie fuit la reine Jézabel dont il a prophétisé la mort. Le désert accueille sa fuite, avant qu’il n’arrive au terme d’une marche de 40 jours à l’Horeb, la montagne du Sinaï où Dieu avait parlé à Moïse. Au début même de cette marche, voici qu’il est saisi de façon assez naturelle par la fatigue, par un épuisement qui emporte tout : son énergie, son espérance, sa raison de vivre. Lui que le Seigneur a gratifié de miracle et de prodiges, le voici réduit à marcher et à souffrir. Le voilà réduit à la lassitude et à la désespérance que le fait préférer la mort. « Maintenant, Seigneur, c’en est trop, reprends ma vie, je ne vaux pas mieux que mes pères ! ». La vocation prophétique semble être un trop lourd fardeau. Il préfère rendre à Dieu ce qui vient de lui.
Au cours de cet été, nous voici au bord du lac de Galilée, avec l’Evangile selon St Jean. Pendant 5 dimanches, nous lisons et méditons ce long chapitre 6, la multiplication des pains au bord du lac et le discours du pain de vie dans la synagogue de Capharnaüm.