Nous l’avons entendu dans la 2ème lecture. Saint Paul exhorte cette communauté de Philippes à la communion fraternelle. Il les aime bien cette poigne de juifs devenue chrétiens, sans doute embrasés par le témoignage passionné de Lydie une marchande de pourpre qui avait accueilli Saint Paul chez elle.
Dans une lettre où l’affection pastorale se mêle aux recommandations exigeantes, voici qu’il les exhorte à la communion, à la charité fraternelle. Ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments. Recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants, ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Et la finale : que chacun ne soit pas préoccupé de lui-même, mais des autres.
Ainsi donc, ils les exhorte à l’unanimité de cœur, il les invite à être au diapason les uns des autres. Pas de division, pas de médisante, pas de susurration, pas plus de mesquinerie ni de parole malveillante. Cette exhortation faite à une communauté qui avait peut-être perdu sa ferveur première rejoint toutes les communautés chrétiennes quelles qu’elles soient. C’est vrai d’un couple, c’est vrai d’une paroisse, d’une communauté religieuse, d’une aumônière ou d’une conférence.
Le pape François rappelait le 27 août dernier combien ce démon de la médisance pouvait faire des ravages dans une communauté de disciples du Christ. Tout ce qui rassemble et unit vient de Dieu. Tout ce qui sépare et divise vient d’un autre. Et il nous faut reconnaître lucidement et humblement que nous y contribuons, d’une manière ou d’une autre. Les différences de générations qui l’objet de critiques réciproques : les jeunes pas assez ceci… les anciens trop cela… Les différences de sensibilité. On se regarde : comment communie-t-il ? comment chante-t-elle ? Les différences sociales qui sont importées dans la communauté chrétiennes et qui restent des liens de démarcation. Et les multiples différents qui empêchent la joie de se rencontrer en frères et sœurs d’un Christ qui est venu partager notre condition humaine, au point de s’y abaisser jusqu’à la mort et la mort de la croix. Voilà le point où Saint Paul propose à toute communauté chrétienne de se rencontrer, de se retrouver. « Ayez en vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ »
Comment avoir les dispositions qui étaient dans le Christ. C’est précisément celles que je citais au début : ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. La vraie communion fraternelle est donc celle qui ne nous met pas en surplomb par rapport aux autres, au contraire. Bien au contraire. Saint Vincent de Paul que nous honorons tout particulièrement aujourd’hui, avec les conférences fondées par le Bx Ozanam insistait sur le fait que les pauvres sont nos maîtres, au service desquels nous ne sommes mêmes pas dignes d’être.
Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. C’est dans un couple, et d’ailleurs c’est une des lectures proposées pour la célébration du sacrement mariage. Et c’est également vraiment dans toute communauté chrétienne. Nos relations humaines peuvent être compliquées à cause de nos peurs, de nos a priori, de nos colères, de nos jalousies, ou de tout ce qui les encombrent et altèrent. A cause du Christ, elles seront élevées et ennoblies si nous entrons dans une relation plus simple et plus humble. Et pourquoi pas ?
Et pourquoi pas puisque c’est bien ainsi que le Dieu trois fois saint est venu nous sauver. Il n’est pas venu d’en haut, mais d’en bas. Les pauvres pécheurs que nous sommes ont été approchés par celui qui c’est fait le très bas, jusqu’à la mort et la mort de la Croix. Il s’est fait le serviteur, le rejeté crucifié en dehors de la ville. Le Fils a d’abord vu en nous la beauté de l’image divine que Dieu avait façonnée en nous. Il n’a eu de cesse que de la restaurer par quelques miracles, pour que son œuvre de rédemption nous remette sur le chemin de la ressemblance.
Chers amis, nous sommes les disciples d’un Dieu humble, qui s’est abaissé et humilié pour nous. Avant de l’imiter, avant d’en faire la règle de notre vie, il s’agit de le regarder, le contempler et de le confesser. A la prière de Monsieur Vincent, demandons que ce regard transperce notre cœur, pour que nos yeux et nos mains s’ouvrent.
Ce n’est pas un scoop, contrairement à la finale du film en question. Décidément non, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Vous et moi en faisons l’expérience quotidienne. Les vacances ont pu nous le faire oublier un temps, mais la réalité de nos vies est là pour nous le rappeler. Nos vies telles qu’elles sont, vies familiales, vies professionnelles, vie sociale au sens large du terme, sans compter les drames du monde qui arrivent chez nous chaque soir à 20h. Nous pourrions rêver autre chose, mais la réalité est là, rude et éprouvante à certains moments.
« La paix soit avec vous » dit le Ressuscité. Une phrase de salutation et de bienvenue qui prend un sens et une portée toute particulière. Vous avez remarqué que le Christ le dit 2 fois, à chaque apparition à ses disciples réfugiés dans la chambre haute, où la peur et la crainte les tenaient enfermés.
« Avant la fête de la Pâques, Jésus, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout ». (Jn 13,1)
Nous venons d’entendre ce long récit, ce dialogue peu banal entre un homme épuisé par la chaleur et la route, et une femme anonyme qui vient simplement puiser de l’eau au puits à l’extérieur de la ville. La scène parle d’elle-même. Il a beau être le Messie, le Fils du Dieu très-Haut, le voici assoiffé, éreinté, épuisé par la chaleur accablante, la fatigue de la route et du ministère. Son humanité, les limites du temps et de l’espace se rappelle à lui. Et elle, qui vient pour ce geste si domestique, si simple d’aller chercher de l’eau pour sa propre vie humaine. Rencontre si simple.