Nous voici à nouveau ce dimanche avec une parabole. Le Seigneur aime les images simples pour se faire comprendre des foules, même s’il lui faut expliquer, comme dimanche dernier, le sens profond des paraboles. Le Royaume des Cieux est comparable à… un homme qui sème du bon grain ou une graine de moutarde, une femme qui enfouit du levain à de la farine.
3 paraboles issues de la vie quotidienne des auditeurs de Jésus qui viennent expliquer et enseigner le sens profond de sa mission et de son identité. Jésus vient parler du Royaume des Cieux. L’expression revient 32 fois dans l’Evangile selon St Matthieu, et jamais chez les autres évangélistes. Le Royaume est là, il est proche, il est au milieu de vous. Mais son accomplissement reste à venir, il reste à advenir pleinement dans l’eschatologie et la fin de l’histoire.
Les paraboles que Jésus nous présente aujourd’hui nous montre le commencement et le développement de ce Royaume. L’image des semailles est parlante, alors que nous sommes déjà mi-juillet après les moissons et au seuil des vendanges. Les semailles, c’est la grâce des commencements, c’est la magie des débuts, c’est la joie de l’espérance de la promesse de tout ce qui est à venir : la joie de la moisson est déjà dans le grain semé.
Jésus nous montre donc la grâce des débuts, là où les commencements sont beaux. Ces débuts peuvent être discrets, intimes voire cachés, il n’empêche qu’ils contiennent en eux-mêmes la promesse de leur accomplissement. Les semailles du printemps ou le levain enfoui nous indiquent de façon certaine que Dieu est présent dès ces commencements discrets. Il en est même la source et l’origine.
Les débuts sont beaux. La fin sera tout aussi belle. Ce sera le couronnement, l’accomplissement. Ce sera le moment de la moisson, des vendanges. Ce sera le moment du bilan, du jugement comme l’enseigne la parabole des brebis et des boucs : venez, les bénis de mon père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous. Ce sera le tri ultime entre le bon grain et l’ivraie.
Le bon grain et l’ivraie, j’y arrive enfin. Le Christ a pris le temps d’expliquer lui-même comment interpréter cette parabole. Il est difficile de faire une seconde homélie. Et pourtant, il y a des choses à dire sur cette coexistence mystérieuse du bon grain semé en nos vies et en nos cœurs, et de l’ivraie disséminé au milieu de ces semailles. Avant d’être le parterre de la pelouse des terrains de foot ou le fourrage des animaux, l’ivraie est cette qui ressemble à du blé, qui pousse comme le blé, mais qui n’est pas du blé. Elle prend la place, elle occupe le terrain et elle ne donne quasiment pas de grain. L’ivraie, la zizanie en grain, c’est l’image du péché qui donne l’illusion du bien et finalement ne donne aucun fruit. Comme la Mer Morte qui prend tout et ne donne pas la vie. C’est l’image du cœur pécheur si inconstant, si infidèle, si compliqué et malade.
Jésus n’explique pas autrement cette coexistence concurrente entre le bon grain et l’ivraie, que ce soit à l’échelle de l’humanité, ou à l’échelle de chacune de nos vies. Cette coexistence concurrente semble appartenir au lent développement du Royaume. Lui-même en a fait la tragique expérience : après les beaux commencements en Galilée et avant le triomphe de la résurrection, le Royaume des Cieux a été persécuté, moqué, flagellé avant d’être neutralisé et mis à mort sur une Croix. L’ivraie semblait avoir accomplie son œuvre. Mais le grain de blé semé en terre triomphe toujours. Le royaume ne saurait être arrêté, quoi qu’il arrive.
C’est précieux de l’entendre à l’échelle de nos vies telles qu’elles sont alors que nous souffrons de cette coexistence douloureuse du bon grain et de l’ivraie dans notre propre cœur, pour peur que nous soyons lucides sur nous-mêmes. C’est précieux de l’entendre à l’échelle de l’actualité de cette semaine. Il est des moments douloureux dans l’histoire de nos sociétés quand la dignité infinie de la personne humaine semble si malmenée, si bafouée au point que la vie ne sait plus accompagner sereinement la mort naturelle, par des soins appropriés, par une présence compatissante. Alors l’ivraie devient injustice et zizanie.
Nous nous souviendrons que la grâce du Royaume des Cieux est une belle grâce de commencement, et que cette grâce possède en elle la belle grâce de l’accomplissement. Au-delà de la tristesse et de la douleur, le cœur gonflé par la beauté de cette double grâce, notre regard sera rempli d’espérance qui sait attendre la réalisation des promesses : la moisson et les vendanges viendront de façon sûre et certaines en leur temps. Le Royaume des Cieux est déjà là au milieu de nous.