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« Donnez-leur vous-mêmes à manger »

images?q=tbn:ANd9GcSeBZ6_XKDRYI1EhTcMPAEECjFPPvEhyTVMPeo038ezSA&s=10Après les paraboles du Royaume et l’après l’annonce de la mort de Jean-Baptiste, Jésus ne se repose pas. La foule ne lui en laisse pas ni le temps, ni le loisir. Si Jean-Baptiste lui-même est mis à mort, c’est pour Jésus l’anticipation de la sienne, lapidé par les juifs ou crucifié pour les Romains. Le temps presse. La charité urge. Lui qui donne la vie devra donner sa vie. 

Et de fait, il donne la vie. Nous l’avons suivi dans les miracles, dans l’expulsion des démons. Ici encore les foules de malades et d’infirmes en tous genres se pressent, pas seulement pour l’entendre, mais bien pour être soulagés, guéris. Sa compassion, son amour miséricordieux s’ouvre à toutes ces détresses pour restaurer ces vies blessées. Comment pourrait-il en être autrement ?

Mais dans le cursus de l’Evangile, la mort de Jean-Baptiste est comme un tournant décisif. Ce n’est pas seulement le deuil d’un cousin. C’est l’annonce de l’horizon de son ministère public. A la suite des prophètes de l’Ancienne Alliance qui n’ont pas été reçus au point d’être persécutés, emprisonnés voire menacés de mort, lui-même qui est la vie sera mis à mort. Comment ? Quand ? Ce n’est pas la question pour le moment.

Certes le miracle de la multiplication des pains a quelque chose de merveilleux. La foule si nombreuse est nourrie avec si peu, quelques pains, quelques poissons. Par les paroles et les gestes de Jésus, le trop peu devient un trop plein, comme à Cana, où le drame de la fête de mariage tourne à l’abondance de vin qui plus est de meilleure qualité. Trop plein en quantité, trop plein en qualité. Au bord du lac, la foule est rassasiée. Elle est restaurée au sens propre comme au sens figuré. C’est bien pour cela que Jésus est venu, ce qu’il accomplit tout au long des rencontres de Galilée.

Mais cet épisode est un tournant dans la conscience que Jésus a de sa mission. Dans quelques temps, et même à 3 reprises, il annoncera sa Passion à des disciples si lents à croire et à comprendre. Dans quelques temps, il dévoilera sa gloire à la montagne de la Transfiguration pour donner à ses disciples la perspective du drame qui se jouera d’ici peu. Dans quelques temps, il prendra avec détermination la route de Jérusalem, celle de sa Passion volontaire, celle de son mystère pascal.

Entre temps, il y a ce miracle de multiplication des pains où ses apôtres sont associés d’une manière allusive mais si pédagogique à l’œuvre de Jésus. Il ne se contente pas de donner la vie dans ces pains et ces poissons qui restaurent. Il prépare les cœurs et les esprits au don de sa vie, ce don qu’il fera dans sa passion, qu’il fera au soir de la Paque par le repas pascal en leur demandant de le refaire en mémoire de lui.

Les apôtres auront à livrer ce pain de vie, celui qui est béni, rompu puis donné pour que tous les convives en soient rassasiés. Les apôtres et tous ceux qui participeront à ce ministère apostolique auront à distribuer ce pain qui est la vie de Jésus donnée. Ils apporteront ce trop peu, un peu de pain et un peu de vin, ceux de la Pâque juive, pour que le miracle s’opère à nouveau par leurs paroles et leurs gestes. Tous les sacrements seront marqués par ce trop peu qu’ils apportent pour que la vie de Dieu coule en ceux qui la reçoivent. Un peu d’eau, un peu d’huile, quelques paroles de pardon ou d’échange des consentements, et ce sera le trop plein de Dieu, qui se déverse, cette vie de Jésus, cet amour miséricordieux qui vient nous sauver.

Cette multiplication des pains est loin d’être une petite scène de l’Evangile, une pause bucolique que nous écoutons au cœur de l’été. Elle désigne déjà l’offrande à venir de la vie du Christ. Elle est préfiguration de l’Eucharistie qui nous rassasie dimanche après dimanche, jour après jour. Elle est déjà un geste qui manifeste le don de la vie que Jésus fait de lui-même et qui nous est communiquée par ceux là mêmes à qui Jésus avait ordonné de nourrir eux-mêmes les foules.

Jésus ne prend pas de repos. C’est que la charité urge. Elle est abondante et gratuite nous redit le prophète Isaïe. Elle ne pose pas de conditions. Même si Dieu peut prendre des chemins qu’ils lui sont propres, il faudra tout de même qu’il y ait des bouches et des mains qui refasse les gestes de Jésus pour donner eux-mêmes à manger ces foules fatiguées et affamées de vie et de salut.

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