Nous voici ce dimanche sur le Mont Thabor, cette haute montagne qui domine la plaine de Ysréel au sud de la Galilée. Où que l’on soit dans cette plaine riche et fertile, on perçoit cette colline aux flancs escarpés qui se dresse en plein milieu. Là Jésus emmène 3 de ses disciples pour cet évènement unique dont nous venons d’entendre le récit.
Dimanche dernier, Jésus était seul au désert, avec comme seule ressource cette parole inscrite en sa mémoire et son intelligence. Ici, il est accompagné de ce trio que nous retrouverons à d’autres passages de son ministère public. Il est accompagné de cette lumière divine qui vient irradier toute la scène du Thabor. De fait, tout est lumière : le visage de Jésus, brillant comme le soleil, ses vêtements blancs comme la lumière. Tout est lumière et tout est lumineux : l’apparition de moïse et d’Elie ; la joie paisible de Pierre qui, dans son enthousiasme, veut dresser 3 tentes ; la nuée qui vient envelopper toute la scène, et enfin la voix du Père qui vient sceller la vision du Fils dans la gloire.
Tout est lumière, et pourtant Jésus voit la crainte des disciples. Comme au retour de la pèche miraculeuse ou quand il marche sur les eaux, il dit à Pierre : sois sans crainte. On sait que la crainte peut être un effroi sacré, une crainte révérencielle. Ce qu’on appelle justement le don de crainte. On aussi peut entendre Jésus dire : n’ayez pas peur ! Expression divine qui revient si souvent dans l’Ecriture. Dans ce cas, de quoi cette peur aurait-elle pu se nourrir ?
Avant la Transfiguration, Jésus était au nord de la Galilée. Là il avait donné à Pierre l’opportunité de confesser sa foi au Christ, fils du Dieu vivant. Et il avait précisé son identité de Messie, non pas triomphant, mais souffrant, celui qui devrait monter à Jérusalem pour y souffrir et y mourir avant de ressusciter le 3ème jour. La réaction de Pierre avait été vive : non cela ne t’arrivera pas. Pour Pierre, la lumière du triomphe de Jésus ne peut supporter aucune ombre, aucun clair-obscur. L’annonce de la résurrection à venir ne suffisait pas à faire admettre à Pierre le chemin pour y parvenir, ce chemin de la Passion et de la Croix.
Ici, au Thabor, Jésus ne se contente plus de la parole. Le Père lui donne d’être manifesté dans cette gloire de Fils de Dieu, même pour un temps si court et fugace. Au Thabor, le voile de l’invisible se déchire un instant pour dévoiler la gloire du Ressuscité. Par ce prodige divin, le Père confirme à ces 3 voyants ce que Jésus leur avait affirmé, sans qu’ils y consentent. L’effroi devant ce qui est à venir ne peut que saisir ceux qui découvrent ce par quoi leur maître devra passer, et sans doute eux ave. N’a-t-il pas dit que celui qui voulait le suivre devrait prendre lui-même sa croix ?
Cette scène de la Transfiguration nous rejoint dans notre propre chemin de Carême, qui est un résumé de toute notre vie à la suite du Christ. Il s’agit d’accueillir cette promesse lumineuse de la Résurrection qui vient éclairer l’horizon de notre chemin. Dans 5 semaines, nous serons devant le tombeau ouvert dans la lumière de Pâques. Mais nous n’y serons qu’après avoir traversé les ombres et les ténèbres de la semaine sainte, celle de la Passion et de la Croix.
La promesse de la Résurrection est déjà une lumière qui vient tout éclairer et tout traverser. C’est vrai pour le chemin de Jésus vers sa propre Pâque. C’est vrai pour l’itinéraire intérieur des Apôtres. Et c’est également vrai pour notre Carême et même pour nos propres vies. La lumière de la Résurrection vient tout traverser et tout éclairer. Il ne s’agira pas de l’expliquer ou de le comprendre. Il s’agira de l’accueillir.
Lumière qui traverse nos épreuves et nos maladies. Lumière qui traverse nos doutes. Lumière qui traverse les conflits, parce que la promesse de la Résurrection peut être plus forte que tout ce qui semble la démentir. La lumière de Pâques triomphera de tout. Il est bon de nous en souvenir, parce que c’est bien cela qui fondera notre espérance.
« Soyez sans crainte » nous redit le Christ. Moi je suis la lumière du monde. Je suis la joyeuse Lumière de vos existences. S’il a resplendi de façon éphémère sur le Thabor, il resplendira dans les siècles des siècles. Alors la peur et les larmes auront disparu. Alors il aura vaincu toute mort. Alors nous resplendirons avec lui.