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Ce qui est faible, ce qui est fort

image.jpgVous ne vous êtes pas trompés de calendrier : nous ne sommes pas le jour de la Toussaint. Et pourtant, nous venons d’entendre cet évangile des Béatitudes, que nous associons spontanément à cette grande fête, comme une galerie de portraits de saints. Mais aujourd’hui, nous recevons ces 8 Béatitudes comme les premières paroles publiques de Jésus dans l’Évangile de saint Matthieu, son discours inaugural. Jésus monte sur la montagne, il ouvre la bouche. Ce geste n’est pas anodin. Il évoque le don que Dieu fait au peuple sur la montagne en lui confiant les 10 commandements, les 10 paroles. Ici en Galilée, la Loi nouvelle est donnée, non pas sous forme de commandements, mais sous forme de promesse de bonheur.

Et des promesses de bonheur, nous en entendons beaucoup. Tous les jours. À la télévision, dans la publicité, on nous promet le bonheur à portée de main : si vous achetez ceci, si vous consommez cela, si vous possédez encore un peu plus… alors vous serez heureux. Mais Jésus ne parle pas de ce bonheur-là. Il parle d’un autre bonheur. D’un bonheur qui ne s’achète pas, qui ne se consomme pas, qui ne se possède pas.

Dans toute la Bible, Dieu veut notre bonheur. Il trace un chemin de bonheur. « Heureux l’homme qui met sa joie dans la loi du Seigneur », disait déjà le psaume premier. Et ici, Jésus le proclamera à différentes reprises : « Heureux celui qui croit sans avoir vu. Heureux celui qui écoute mes paroles et les met en pratique. Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ». 

Ici la 1ère béatitude résonne à nos oreilles. Elle ouvre et contient toutes les autres : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des cieux est à eux. ». Alors, qu’est-ce qu’un pauvre de cœur ? Certainement pas un simple d’esprit. Ce n’est pas quelqu’un qui manque d’intelligence ou de lucidité. Pour comprendre, la deuxième lecture peut nous éclairer. Saint Paul nous dit : « Il n’y a pas beaucoup de sages selon les critères humains, ni beaucoup de puissants… Mais ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi. » Jésus proclame bienheureux ces pauvres du Seigneur, qui l’écoutent et mettent leurs pas dans les siens. 

Les Béatitudes apparaissent alors comme une série de contre-valeurs.
Non pas des valeurs à la mode, non pas des valeurs dominantes, mais des valeurs qui prennent ce monde à contre-pied.

« Heureux les doux ». Dans le monde de l’entreprise, de la politique, du sport, la douceur n’est pas une vertu mise en avant. Il faut être fort, combatif, conquérant. Être un battant, un guerrier. 

« Heureux les artisans de paix ». L’actualité mondiale nous montre combien cette parole va à contre-courant. Et parfois aussi, à l’échelle de nos quartiers, de nos familles.

« Heureux ceux qui pleurent ». Pourquoi seraient-ils heureux ? Parce qu’ils sont touchés par la fragilité, par la souffrance des autres. Parce qu’ils ne se blindent pas le cœur.

Les Béatitudes nous invitent à prendre un autre appui, un autre pied que celui que nous propose spontanément le monde, et parfois même notre propre cœur. Voilà qui fondera notre espérance. Jésus ne nous promet pas qu’après la pluie ou les épreuves, il y aura le beau temps. Il enseigne l’espérance de la vraie vie.

Les doux, ceux qui ont faim et soif de la justice, les miséricordieux, les cœurs purs, les artisans de paix, ceux qui sont persécutés pour la justice : ce sont des contre-valeurs… et pourtant, ce sont elles qui ouvrent au Royaume.

Et Jésus ne se contente pas de les proclamer. Il les vit. Lui, le premier, est le faible. Il ne meurt pas paisiblement dans son lit, après une vie reconnue et honorée. Il meurt seul, sur une croix, dans un échec apparent. Pendant des siècles, la croix était un scandale, un instrument d’ignominie. On n’osait même pas la représenter. Et pourtant, c’est par là que Dieu sauve le monde. Ce qui est méprisé, ce qui est faible, ce qui est modeste : voilà ce que Dieu choisit pour réduire à rien ce qui se croit fort.

Alors, frères et sœurs, habitons ces contre-valeurs, celles des Béatitudes. Habitons-les avec paix, avec grandeur d’âme, avec simplicité de cœur.

Et souvenons-nous d’une chose, pour conclure. Le mot « heureux », tel qu’il est utilisé ici, ne désigne pas un état béat, figé, confortable. Étymologiquement, il signifie : redressez-vous, prenez courage, mettez-vous en marche. Même si vous pleurez. Même si vous êtes assoiffés de justice et que vos efforts semblent vains. Même si vous êtes artisans de paix et que vous n’êtes pas accueillis. Même si vous êtes persécutés.

Allez-y. Gardez courage. Soyez fidèles. Et alors, oui, vous serez heureux.

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