En ce dimanche de l’Epiphanie, restons encore à la crèche. Les anges et les bergers nous y avaient conduits depuis la naissance du Sauveur à Noël. Et voici que ce jour, ce sont les mages que nous accompagnons. Le récit de l’Epiphanie nous est familier. Restons dans ce beau récit qui nous apporte une lumière toute particulière en ce jour.
Vous l’avez entendu, il nous faut l’extraire de toute nos traditions populaires. Ces mages ne sont pas trois, ils ne sont pas rois. Ce sont des mages, des lettrés, des hommes de science comme l’Antiquité pouvait en connaître dans toutes les cultures. Les voilà lancés sur les chemins de caravane à la rencontre de Celui qu’ils cherchent. Sur leur route, ils sont guidés par plusieurs signes prévenants de la part du Seigneur, signes qui vont les aider dans leur désir de rencontrer le Messie.
D’abord l’étoile. A l’époque moderne, beaucoup d’astronomes ont voulu nommer cette mystérieuse étoile ou comète qui aurait brillé plus intensément au début du 1er siècle. Beaucoup ont voulu rendre compte de façon naturelle de ce signe qu’on peut d’abord regarder comme un signe miraculeux. Une étoile se lève et leur science et leur désir les aident à interpréter ce signe. Pétri de leur culture et de leur connaissance, c’est comme un germe de la lumière invisible qui se lève dans leur cœur et leur intelligence pour attester de la naissance de l’Enfant Roi des Juifs.
Il y a 60 ans, la déclaration conciliaire Nostra Aetate déclarait avec solennité que l’Eglise regardait avec respect ces semences de la lumière invisible semée dans la diversité des cultures humaines et donc des différentes religions non-chrétiennes. « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. » (NA 2)
Mais le signe de l’étoile les amène d’abord à Jérusalem où ils rencontrent la Parole de Dieu. C’est la Parole de Dieu qui prolonge le signe de l’étoile, qui la confirme et lui donne de s’incarner. La Parole de Dieu répond à leur question concernant le lieu de la naissance de Dieu. Grâce à la Parole, la lumière invisible suscitée par l’étoile se fait audible. Dieu leur parle par les méandres de ces écrits inspirés. Il ne s’agit pas de discuter du statut littéraire du texte ou même de le comparer à d’autres écrits contemporains. Quand Dieu parle de façon si claire, il faut l’écouter et lui obéir. C’est bien ce qu’ils feront, non sans avoir été indirectement les premiers apôtres de la naissance du Messie auprès du Gotha de Jérusalem, plongé dans l’effroi d’une telle nouvelle.
L’étoile, la Parole, et voici un autre signe qui leur est donné : la joie qu’ils éprouvent en retrouvant l’étoile au-dessus de la maison. Cette joie vient confirmer leur attente. Elle les prépare à rencontrer de façon visible cette lumière invisible qui les a mis en chemin. Comme dit la préface de Noël, ils reconnaissent en cet Enfant Dieu qui s’est rendu visible à nos yeux, et entraînés par lui à aimer ce qui demeure invisible. Quel chemin pour eux. Quel chemin pour nous !
Cette joie nous l’expérimentons quelque fois, quand justement elle vient comme authentifier la justice et la vérité de ce que nous vivons ou faisons. Pour les mages comme pour nous, elle est une grâce prévenante de Dieu, un signe intérieur précieux dans l’itinéraire de nos vies.
L’étoile, la Parole, la joie. Un dernier signe leur sera donné, celui du songe au moment de repartir. A quelques rares occasions bibliques, le Seigneur profite de ces moments où les facultés humaines sont comme suspendues pour donner une lumière qui est souvent une mission. Joseph en sera particulièrement gratifié. Ce n’est pas un rêve et les méandres de la psychologie humaine, c’est un songe où Dieu parle à l’âme.
4 signes donnés à ces mages pour rencontrer le rayonnement de la lumière visible de l’Enfant Roi. 4 moyens par lesquels Dieu parle et se communique. Demandons à ces mages que, par leur prière, nous soyons attentifs aux nombreux signes que Dieu nous donne : sa lumière invisible en nos cœurs, sa Parole, la joie, et même les songes. Il les met sur notre route, celle qui nous conduit jour après jour à son Fils pour nous transformer, et faire de nous des messagers infatigables de la lumière que nous aurons contemplé.