UA-63987420-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Que cet Enfant est incommode

jesus_teaching_in_synagogue_olsen.jpegL’expression n’est pas de moi, elle est de Bossuet, dans un célèbre sermon sur St Joseph : « Cependant croyez-vous, fidèles, que Joseph se plaigne de cet Enfant incommode, qui le tire de sa patrie et qui lui est donné pour le tourmenter ? »

C’est l’expression qui me vient à propos des lectures de ce jour. Jésus est l’incommode qui dérange l’ordre paisible des juifs pratiquants de Nazareth, sa propre patrie. Jésus insécurise, Jésus perturbe. Son style de vie, sa prédication, ses miracles, ses exorcismes, son pardon des péchés, tout cela est incommode. Et pour ces raisons, on veut le neutraliser et le faire taire. Pour cela, vous l’avez entendu, on l’emmène jusqu’au bord du précipice que l’on voit encore en périphérie de Nazareth pour réduire au silence l’incommode celui qui est inopportun.

Le lecteur de l’Ecriture, et même le connaisseur de l’histoire de l’Eglise et même de l’humanité, se souvient de la longue liste des personnes incommodantes, des pénibles que l’on réduit au silence. La 1ère lecture nous montre la figure de Jérémie, un prophète comme tant d’autres qui n’est pas accueilli, comme tant d’autres. Dès les premières paroles dérangeantes qu’il a prophétisées à temps et à contre temps au nom du Seigneur, il a voulu se défausser devant celui qui l’envoie. Mais Dieu le prévient : cette parole ne sera pas reçue, on voudra le neutraliser, on voudra le faire taire, parce qu’elle déplaît, parce qu’elle n’est pas dans le sens du poil. Et malgré tout, Jérémie restera fidèle à sa mission incommodante, même pour lui-même.

Jérémie n’est pas le premier ni même le dernier prophète dont la parole n’est ni reçue ni suivie, parce que Dieu dérange. Dans le livre de la Sagesse, il est question d’un juste resté anonyme. Ses adversaires parlent à son sujet : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation. Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme lui-même enfant du Seigneur. Il est un démenti pour nos idées, sa seule présence nous pèse ; car il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange ».

Sa conduite est étrange. Et plutôt que l’accueillir et se laisser apprivoiser par ses paroles venant d’en haut, on préférera le condamner définitivement au silence. Cette figure du Juste réduit au silence prolonge celles de Osée, Jérémie, ou d’autres. Elles annoncent toutes celles du Christ, l’agneau innocent conduit à l’abattoir, parce que sa conduite est étrange, que ces paroles sont incommodantes et qu’elles nous sont un reproche permanent.

Vous allez penser que j’y vais un peu fort, alors que nous ne sommes pas encore en Carême. Si nous ne trouvons pas ses paroles et ses actes incommodants, c’est que nous l’avons un tant soit peu neutralisé. Par exemple quand il nous enseigne l’amour inconditionnel les uns des autres, même de nos ennemis. Ou quand il nous donne l’exemple du pardon inconditionnel. Ou qu’il nous demande de ne pas nous inquiéter pour demain, ou qu’il nous demande de le suivre, de croire en lui qui est la Résurrection et la Vie.

La 2ème lecture vient donner corps à cette exigence inconfortable de suivre cet Enfant incommode. Nous y retrouvons cette liste des 16 verbes qui qualifient l’amour de charité. Elle fait la joie des liturgies de mariage. Mais en avons-nous remarqué l’exigence concrète ? Ne répondons pas trop vite. Relisons

L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais.

Cette litanie doit nous déranger, à mesure que nous nous sentons en défaut sur tel ou tel aspect. Sinon, c’est que nous en avons neutralisé la portée et la beauté. A temps et à contre temps, cette litanie vient contester le confort intérieur avec lequel nous ménageons nos vies. Et le cadre quotidien dans lequel nous vivons, nos familles, nos relations amicales ou sociales ou paroissiales sont autant de lieux où nous sommes invités à nous réapproprier l’exigence incommode de la charité à laquelle nous sommes appelés.

La seule condition sera d’écouter encore et encore cette voix qui nous y appelle. La seule condition sera notre fidélité. Je finis avec la suite du sermon de Bossuet : Voyez, fidèles, par quelles souffrances Jésus éprouve la fidélité, et comme il ne veut être qu'avec ceux qui souffrent. Âmes molles et voluptueuses, cet Enfant ne veut pas être avec vous ; sa pauvreté a honte de votre luxe ; et sa chair destinée à tant de supplices, ne peut supporter vôtre extrême délicatesse. Il cherche ces forts et ces courageux qui ne refusent pas de porter sa croix, qui ne rougissent pas d'être compagnons de son indigence et de sa misère.

Les commentaires sont fermés.