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La gloire du Thabor

Transfiguration.jpgPeut-être êtes vous déjà allés au Mont Thabor. En fait, on ne va pas au Mont Thabor, on y monte, par la route ou par le sentier. C’est alors que l’expression « haute montagne » prend tout son sens. Et là, au sommet, il n’y a plus rien d’autre que la plaine luxuriante d’Izréel à nos pieds, et Nazareth à quelque kilomètres, plus loin la chaîne du Carmel. Là la terre paraît loin, le temps est arrêté, on tutoie le ciel.

Dans ses multiples pérégrinations en Galilée, Jésus monte sur cette haute montagne avec quelques intimes, Pierre, Jacques et Jean, ceux-là même qui lui seront proches à Gethsémani, à l’écart des autres. Et devant eux, pour eux, advient cet évènement unique et fulgurant. Les mots de St Marc et des autres évangélistes montrent qu’il est difficile d’en parler. Les comparaisons sont de mise. La blancheur des vêtements, le visage comme le soleil (chez Mt), tout l’être qui est transfiguré, littéralement métamorphosé. Et la lumière éblouissante qui émane de lui. Et avec lui Moïse et Elie, ceux-là mêmes qui avaient été gratifiés d’une théophanie, d’une apparition de Dieu dans l’Ancien Testament.

Après les miracles en tous genres, les guérisons, les multiplications et les résurrections, après les exorcismes et les pardons des péchés, voici un évènement radicalement nouveau concernant Jésus. En haut du Thabor, quelque chose de la gloire de Dieu transparaît dans cette humanité pourtant assumée. L’Evangile de ce dimanche veut dévoiler quelque chose à nos yeux embués, à nos esprits engourdis et surtout à nos cœurs lents à s’ouvrir à la grâce. Quelque chose, mais quoi : la gloire à venir, pour le Messie, et pour chacun de nous. Quelque chose, mais plus précisément quoi ? C’est qu’il y a quelque chose à attendre, quelque chose à désirer, quelque chose vers quoi diriger nos pas, quelque chose qui dépasse l’épaisseur et la matérialité de ce monde ou des limites de cette vie humaine.

Pierre, Jacques et Jean avaient vu le Christ faire des miracles, nourrir des foules, guérir des malades, chasser des démons. Ils avaient vu le Christ réordonner ce monde autour de lui, non sans s’interroger sur le fait que cette re-création était si limitée dans l’espace et dans le temps. Sur la montagne, le ciel s’ouvre et l’objet de leur foi leur est donné furtivement : c’est la gloire du Ressuscité qui se dévoile avant l’heure.

Le Christ venait de les avertir du chemin qu’il est en train de prendre, celui de Jérusalem, celui de la contradiction avec les Juifs, celui de l’affrontement avec le péché, celui de la Passion et de la mort. L’attachement des apôtres pourrait s’émousser. La foi naissante de ceux qui le suivent pourrait non seulement vaciller, mais surtout s’effondrer. Cette gloire à venir qui se dévoile vient les conforter. Elle vient lui faire regarder le but du chemin de Jérusalem, le but de tout chemin de Croix et de Passion. Cette transfiguration est une miséricorde du Père pour les apôtres. Elle en est une également pour le Fils dans sa propre humanité, alors qu’à Gethsémani, le débat intérieur, le combat spirituel sera vif : « si cette coupe pouvait passer loin de moi… non pas ma volonté mais la tienne »

Dieu montre la gloire comme seul horizon. Il montre la gloire de Pâques à ceux qui seront éprouvés par la Passion. Il la montre au Fils unique. Il la montre aux Apôtres. Et permettez d’ajouter qu’il nous la montre également. Notre Carême a la gloire de Pâques pour horizon. La beauté de Pâques, la recréation que Pâques opère, la victoire triomphante au matin de la Résurrection pour nos yeux embués et pourtant remplis du désir d’être à nouveau rendus à la vie.

En nous dévoilant au Thabor cette gloire à venir, Dieu nous dévoile notre propre participation à la victoire de Pâques, à nous qui baptisés dans le Christ avons revêtus le Christ. Les vêtements blancs de notre baptême en sont les signes bien modestes mais si parlants. La voix du Père qui atteste que Jésus est son Fils bien-aimé, nous avertit nous-mêmes que nous sommes ces filles et ces filles adoptives. La proximité de Moïse et d’Elie, ces amis intimes de Dieu, annoncent cette communion des saints qui nous entoure depuis qu’ils ont été invoqués à notre baptême. Ils nous entourent à chaque jour, en attendant la gloire à venir où nous leur seront réunis.

« Rabbi, il nous est bon d’être ici » s’exclame Pierre. Je sais bien qu’il faudra tout au tard redescendre du Thabor, parce que cette gloire n’est dévoilée que pour un temps. Mais de Thabor en Thabor, de Pâque en Pâque, d’Eucharistie en Eucharistie, de jour en jour, nous allons positivement nous habituer à la gloire. Elle va même nous apprivoiser. Alors nous habiterons pleinement notre condition d’enfants bénis du Père, notre identité baptismale. Alors nous deviendrons ce que nous sommes. 

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