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Si tu le veux, tu peux me purifier...

La lèpre fachrist-lepreux-basilique-brioude.jpgit partie de ces maladies infamantes. Bien que peu contagieuse, elle a mauvaise réputation, à cause de la déchéance physique de ceux qui en sont atteints. Ils perdent peu à peu apparence humaine. Le visage et toute la peau deviennent comme celle d’un mort-né. Les mains et les mains sont comme rognées. Bref, le malade perd son intégrité, sa beauté. Il devient presque à demi-mort pour ses contemporains.

La législation de l’AT est prophylactique. Un long chapitre du Lévitique manifeste comment la société se protège en isolant, en confinant les lépreux. Ce faisant, il y a comme une double voire triple peine. La peine de la maladie d’abord, qui sans traitement conduit à la mort. La peine de l’exclusion, de l’impureté rituelle, de la mise au ban de la société. Et une peine plus insidieuse, celle qui fait de la lèpre un péché, ou plutôt le péché comme cause de la maladie. Si je suis malade c’est que j’ai péché. Il faut bien trouver une raison à ce qui paraît hors de raison, cette maladie injuste et implacable. Celle des maux qui nous accablent, celle des maladies ou des catastrophes. Recherche d’un sens, d’une raison qui habite encore les entretiens des aumôniers d’hôpitaux : qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour être malade ?

La page d’Evangile de ce jour dénote de ce climat. Elle est lumineuse et apporte une clarté qu’il s’agit de recueillir.

Faisant fi de son confinement, faisant fi de la Loi, au risque même de se faire vertement reprendre, notre lépreux s’approche de Jésus. Il n’est plus question de gestes barrière, encore moins de fuite devant une personne saine. Le voilà qui s’approche du Maître de Galilée, dans une attitude toute religieuse en se jetant à ses pieds, comme tant d’autres dans l’Evangile, à commencer par les mages. Et Jésus se laisse faire, et même il étend la main, et même il le touche. St François ira dans le même en embrassant un lépreux.

La rencontre entre Jésus est ce lépreux est empreinte d’une grande liberté, d’une extrême simplicité. C’est la rencontre de l’homme avec son Créateur, avec son Sauveur. Une rencontre que rien ne peut empêcher, une rencontre que Jésus permet parce que c’est bien pour cela qu’il est venu.

Poursuivons notre contemplation de la scène, avec cette demande du lépreux : « Si tu le veux, tu peux me purifier ». Le malade ne doute pas un seul instant que Jésus puisse le guérir. Il en a soulagé tant d’autres. Le voici avec cette demande confiante, s’en remettant à ce que veux Jésus. Si tu le veux… Sous l’ancien régime,  l’expression consacrée était « au bon plaisir du Roi ». Il a plu au Souverain de faire grâce, ou de prendre telle décision. Elle pouvait peut-être quelque fois mal masqué une décision arbitraire, mais il n’empêche ; l’expression renvoie à ce dessein bienveillant.

Faisant fi de la Loi, Jésus porte souverainement ce dessein bienveillant : c’est que la Loi est fait pour l’homme même s’il est impur ou pécheur. Si tu le veux demande humblement le lépreux.. Et comment qu’il le veut ! C’est même ce que nous demandons dans la prière du Notre Père : que ta volonté soit faite. Il veut le salut de tout homme. Il veut que tous soient réintégrés dans leur beauté initiale, leur pureté et leur innocence dans leur relation avec le Père. C’est pour cela qu’il est venu.

Dans quelques semaines, au terme du Carême, nous serons au pied de la Croix. Nous regarderons celui qui prend sur lui toutes nos faiblesses et nos infirmités, tous nos péchés. Nous le regarderons celui qui est transpercé, lui sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits ; lui l’objet de mépris, abandonné des hommes ; lui l’homme des douleurs, le familier de la souffrance. Lui devant qui on se voile la face ; lui qui est méprisé, dont on ne fait aucun cas. En fait, ce texte d’Isaïe que nous entendrons le Vendredi Saint, nous présente Jésus revêtu de toutes nos lèpres comme ce Christ lépreux que l’on vénère à l’église de Brioude. Et sur ce crucifix, le Christ semble sourire, parce que c’est bien ce qu’il veut : prendre toutes nos lèpres, pour nos guérir et nous sauver.

« Lave-moi et je serai blanc plus que neige » crie le psaume 50 qui nous accompagnera tout au long de ce Carême. Il nous faudra reconnaître que nous sommes de cette communion des malsains, des pécheurs que Dieu veut relever, à qui il veut rendre notre beauté et notre dignité première. Il s’agira de lui présenter toutes les lèpres de nos cœurs, toutes les lépreux qui salissent nos relations, toutes celles qui blessent notre relation au seul Maître. Avec ce lépreux anonyme, nous redirons très simplement : si tu le veux…

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