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La vie est un long fleuve tranquille

la-vie-est-un-long-fleuve-tranquille-00041.jpeg« La vie est un long fleuve tranquille ». Vous vous souvenez peut-être de ce film des années 90 à l’humour d’Etienne Chatilliez, humour un peu grinçant, voire cynique. A la fin du film, à l’issue d’une désintégration complète de sa famille catho versaillaise, le fils insolent dit à un père effaré, « mais papa, la vie n’est pas un long fleuve tranquille ! »

Aujourd’hui, le Christ dit à ses Apôtres : mes amis, le salut n’est pas un long fleuve tranquille. A ceux qui l’ont suivi dans les succès du début, avec les miracles, les guérisons, les exorcistes, Jésus précise le sens profond de sa mission : souffrir, mourir pour ressusciter. A tous qui son séduit par son succès, qui voudrait le faire Roi, tous ceux qui pensaient avoir compris qui est Jésus, un Messie fort et triomphant, le Christ oppose une toute autre identité : il est le Messie souffrant, celui qu’annoncent les psaumes, celui que prophétise Isaïe, toutes ces lectures que nous lisons pendant la Passion et le Vendredi Saint.

Remarquez bien que cette annonce de la Passion est la première dans l’enseignement du Christ. Il y en aura 3. Celle-ci est la première alors même qu’à plusieurs reprises, l’Evangile mentionne qu’on veut l’arrêter, et même dans celui de St Jean, qu’on veut s’en prendre à sa vie. Cette souffrance et cette mort, le Christ semble y consentir, la prendre pour lui, parce que dans son intelligence divine, il sait qu’elle manifeste cette Pâque, ce baptême de sa mort qui sera le lieu même du salut. Le Christ ne sauve pas de l’extérieur, il sauve dans son humanité, dans cet abaissement, dans cette souffrance, cette mort, cette Pâque en vue de la vie et du bonheur pour la multitude.

Plusieurs questions se posent, et j’en donne 2.

1. Comment le Christ vit-il la conscience de cette Pâque à vivre ? L’Evangile est assez sobre sur ce point. Mais sans doute qu’il y a un vrai débat intérieur. Souvenez-vous qu’à Gethsémani, le Christ semble comme douloureusement tiraillé : « si cette coupe pouvait passer loin de moi » et l’instant d’après «  cependant, non pas ma volonté, mais ta volonté », ou bien à la Croix « Pourquoi m’as-tu abandonné » et ensuite « en tes mains je remets mon esprit ».

Dans ce débat intérieur, l’œuvre du démon est réelle. Il divise, il s’interpose entre le Fils et le Père, entre l’intelligence humaine de Jésus et son intelligence divine. Le Satan qui sépare a tout intérêt à ce que Jésus recule, désobéisse. De ce point de vue, la remarque de Pierre sonne comme une tentation indirecte. « Non cela ne t’arrivera pas ». Ce qui explique la réponse cinglante du Christ.

2. Comment accueillons-nous cette Pâque à venir que le Christ annonce ? Il annonce un Messie souffrant. Il annonce un salut qui n’est pas confortable. Il souffre pour communier à tous ceux qui souffrent. Il mord la poussière, il s’abaisse, pour communier à tous ceux qui sont bel et bien dans cette situation. Il ne nous sauve pas de loin. Il ne nous sauve pas de notre humanité, il épouse cette humanité pour y planter un germe de salut, de vie et de bonheur.

Peut-être qu’il aurait été humainement plus gratifiant, plus exaltant de suivre un Messie triomphant comme l’attendait Israël à l’époque du Christ. Un Messie politique, un Messie prophète, sage et philosophe, un Messie thaumaturge, un Messie qui au soir de sa vie meurt dans son lit, annonçant et enseignant une renaissance éternelle, un bonheur universel. Nous serions venus sur sa tombe en pieuse mémoire de son enseignement, portant à notre cou un vague symbole de sa vie

Dieu est au-delà de nos pensées et de nos attentes conscientes. Il reste inattendu. Il nous donne ce Messie souffrant qui traverse toute mort et toute souffrance, parce que c’est aussi la réalité de notre existence, que nous le voulions ou non. Et c’est bien réconfortant : Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau.

Non le salut n’est pas un long fleuve tranquille. Ni pour le Christ, ni pour nous. De fait, cette réalité ne le concerne pas seulement lui, mais qu’elle nous concerne : « prendre sa croix, renoncer à soi-même… ». Nous perdons notre vie quand nous consentons à nous décentrer de nous-mêmes. Nous perdons notre vie quand nous renonçons pour choisir. Nous perdons notre vie à chaque fois que nous choisissons l’humilité à l’orgueil, la bienveillance à la malveillance.

En disons cela, il ne s’agit pas de courir après la croix. Il s’agit, comme pour le Christ, de consentir au chemin de notre salut, tel qu’il se présente, et rien que pour aujourd’hui, cela nous suffira.

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